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Hier, nous avons vu le scénario optimiste d’évolution de la Crise. Aujourd’hui, nous allons examiner un scénario pessimiste, ou du moins le plus pessimiste possible puisque nous risquons d’être bien en dessous de la réalité.
Je vous rappelle les ingrédients de base de la crise que nous traversons :
1. Un excès de liquidités
2. Des déficits record
3. Un taux de chômage important
4. Une croissance anémique, voire nulle
Au final une situation de récession pas trop forte. Disons que nous sommes dans un équilibre instable. Mais qui peut se transformer en scénario catastrophe en un claquement de doigts.
Qu’est-ce qui pourrait briser le fragile équilibre économique que les gouvernements et banques centrales ont obtenu à coup de milliards de dépenses – et donc de dettes ? Malheureusement pour nous, pas mal de choses :
1. Une deuxième vague de défaillance sur l’immobilier commercial, américain et européen
C’est un sujet brûlant que nous surveillons depuis plusieurs mois. Les subprime ne représentent qu’une infime quantité par rapport à tous les crédits commerciaux émis ces dernières années aux Etats-Unis comme l’expliquait il y a un an déjà Eric Fry, dans La Chronique Agora : « Stock s’inquiète particulièrement des prêts immobiliers commerciaux, qui représentent environ un tiers de tous les prêts dans le secteur bancaire. ‘Beaucoup de ces prêts ont été accordés par des [banques] qui accordaient à tout le monde et à n’importe qui des prêts se montant à 90%, à 95% ou à 100% de leur valeur patrimoniale’, explique Stock, ‘et elles offraient aux emprunteurs des prêts immobiliers pour lesquels ils ne remboursaient que les intérêts pendant cinq ans, une pratique qui ne se faisait pas dans les périodes normales du secteur bancaire’. »
« Donc quand ces prêts arrivent à échéance, et qu’il n’y a pas le financement nécessaire à leur remboursement, c’est un gros problème… »
2. Une défaillance massive des municipalités américaines
Nous vous en avons parlé dans la Quotidienne, les crédits souscrits par les municipalités américaines pourraient devenir les nouveaux subprime. De plus en plus de municipalités, surendettées et à court de rentrées fiscales, ne peuvent plus rembourser leurs crédits.
Cela sent mauvais du côté des munibonds… et même Warren Buffett s’en inquiète.
3. La défaillance d’un Etat
Jusqu’aux ennuis grecs, la menace de faillite d’un Etat européen ne faisait pas partie de l’horizon de la plupart des investisseurs. Depuis, ces certitudes se sont en grande partie envolées. En Europe, de nombreux pays sont passés sous la tutelle conjuguée du FMI et de l’Union européenne.
Malgré les récentes politiques de rigueur, le déficit des Etats européens mais aussi des Etats-Unis et du Japon restent inquiétants.
3. Une nouvelle vague de faillites bancaires
Nous vous en avons déjà parlé dans la Quotidienne, les stress tests à l’européenne se sont avérés une vaste mascarade. Clairement destinés à rassurer les marchés, ils n’ont pas envisagé le pire – et pourtant pas le plus improbable – des scénarios, celui de la défaillance d’un Etat européen.
Conclusion, personne ne sait comment réagirons les banques à, par exemple, la défaillance grecque ? Enfin, plutôt si, tout le monde le sait : les banques n’ont aucun moyen de faire face à ce genre de situation.
Les banques françaises – qui se sont dans l’ensemble bien sorties du stress test – sont les plus exposées, avec les établissements allemands, au risque souverain européen.
Une défaillance massive des banques ne pourra qu’avoir de graves conséquences pour les Etats. En effet, lors de la Crise I, ils ont tous volé à leur secours. Mais aujourd’hui, ils n’en ont plus les moyens. Le dernier recours sera alors la Banque centrale européenne.
Ce qui pose une question : la BCE aura-t-elle les moyens de racheter, à nouveau, les créances pourries des banques et le surplus de dettes des Etats européens ? Même si elle avait les moyens de le faire, un tel choix signifierait une hyperinflation à l’horizon.
4. L’explosion de la bulle chinoise
Plus personne ne doute vraiment de la surchauffe de l’économie chinoise. Les autorités arriveront-elles à réduire la bulle chinoise avant qu’elle n’explose ? Nous n’en savons rien. Mais ce que nous savons est qu’un éternuement de l’empire du Milieu signifierait une maladie mortelle pour le reste du monde.
Le cours des matières premières – en très grande partie soutenus par la consommation chinoise – s’effondrerait. Mais ce ne serait qu’un moindre mal par rapport au ralentissement d’achats des obligations souveraines occidentales et en particulier des T-Bonds. Privés de leur principal créancier, les Etats-Unis seraient dans l’incapacité de fourguer leur dette. Or une énorme partie de leur financement repose sur l’émission d’obligations souveraines.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, cher lecteur, mais au final, notre scénario pessimiste ne nous paraît pas si irréaliste que cela.
Notre scénario préféré : le marasme
Dans le meilleur des cas, si nous parvenons à échapper un nouvel effondrement du système bancaire, nous aurons toujours à régler les quatre problèmes fondamentaux de notre économie :
1. L’excès de liquidités prendra du temps à se résorber et les banques centrales vont devoir faire des miracles pour éviter l’inflation
2. Une vraie réduction des déficits entraînera une position économiquement et donc politiquement intenable dans la plupart des pays
3. Le taux de chômage va rester élevé en particulier en Europe, tout simplement parce que rien ne peut arrêter le glissement des forces de production de l’Occident vers l’Orient
4. Enfin, tous ces éléments signifient une croissance nulle
Comment adapter votre portefeuille ?
Mais au final, ce scénario est le moins pessimiste de tous, et il faudra nous y faire. Je vous rappelle que même si nous entrons de manière presque certaine dans une période de marasme économique, certains secteurs restent porteurs de plus-values.
Le monde change, nous devons donc adapter notre stratégie d’investissement, et ce que nous faisons chaque semaine dans MoneyWeek. Vous le savez nous croyons au potentiel des biotech, des nanotech, des valeurs de consommation bien placées dans les pays émergents, de la voiture hybride ou encore de l’or. Mais aussi de ces petites et moyennes valeurs, bien gérées, qui arrivent à imposer leur savoir-faire et leurs coûts.
Vous pourrez retrouver tous nos conseils dans les prochains numéros de MoneyWeek. Le numéro de rentrée sera d’ailleurs consacré aux valeurs de la consommation qui ont échappé au massacre de la crise. Et le numéro 97 sera lui dédié à ce pays au formidable potentiel : l’Inde. Alors n’attendez plus pour vous abonner à MoneyWeek, et recevoir dès la rentrée tous nos conseils et nos recommandations. Pour en savoir plus, c’est ici…
Très bonnes vacances, et au 16 août !
Photo : artemuestra- Flickr
USA : croissance de 2,4 % au deuxième trimestre.
La croissance s’est élevée à 2,4 % au deuxième trimestre aux Etats-Unis, selon une première estimation, ce qui est légèrement inférieur au consensus de 2,5 %.
Le chiffre du premier trimestre a été relevé de 2,7 % à 3,7 %.
http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=dd2bd400cf84be14dd39c1d9fa589e56
Récapitulons :
- Premier trimestre 2010 : la croissance est de 3,7 %.
- Deuxième trimestre 2010 : la croissance est de 2,4 %.
Conclusion : l’économie des Etats-Unis ralentit très fortement. Aux Etats-Unis, la reprise est terminée.
Vendredi 6 août 2010 :
Selon le rapport mensuel sur l’emploi du département du Travail, l’économie américaine a détruit 131.000 postes de plus qu’elle n’en a créés en juillet, alors que les analystes attendaient un solde négatif de 87.000 seulement, selon leur prévision médiane.
Aux Etats-Unis, c’est l’Etat qui soutient l’économie à bout de bras.
Mais quand l’Etat se désengage (arrêt de la prime pour l’achat d’une voiture neuve, arrêt de la prime pour l’achat d’une première habitation, licenciement des salariés embauchés pour le recensement, etc), tout s’effondre.
Pour les Etats-Unis, ce paradoxe est nouveau : au pays du libéralisme économique, l’économie dépend de l’Etat.
L’Euribor est le taux auquel les banques européennes se prêtent entre elles.
Le vendredi 6 août 2010, si une banque veut emprunter de l’argent à une autre banque à 3 mois, elle doit lui payer un taux d’intérêt de 0,905 %.
Si une banque veut emprunter de l’argent à une autre banque à 6 mois, elle doit lui payer un taux d’intérêt de 1,154 %.
Chose étonnante : depuis quelques mois, les banques européennes ne veulent plus se prêter entre elles.
Depuis quelques mois, les banques européennes ne se font plus du tout confiance.
Conséquence : l’Euribor n’arrête pas de monter.
Dans la colonne de droite, cliquez sur le graphique intitulé : « EURIBOR 3 and 6 m ».
http://www.euribor.org/
Mercredi 11 août 2010 :
Une des craintes de certains stratèges et économistes est d’ailleurs de voir les Etats-Unis suivre l’exemple du Japon : une entrée dans une « ère glaciaire », marquée par la déflation et une croissance durablement en deçà de son potentiel.
http://www.lesechos.fr/info/marches/020715052794-la-fed-prete-a-racheter-de-la-dette-publique.htm
Comme le Japon.
Les Etats-Unis sont en train d’évoluer comme le Japon.
Les Etats-Unis sont en train d’entrer dans l’ère glaciaire.
Mettons nos chandails en laine : il va faire froid.