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Simone Wapler

Retrouvez le charme de l’or

Par Simone Wapler, le 18 mars 2010

Nouvelle faillite d’un Etat souverain, krach obligataire, krach boursier, inflation : quelle calamité se produira d’abord ? Quoi qu’il arrive, l’or est une couverture contre chacun de ces événements qui nous menacent.

Une fois dissipées les fumerolles des plans de relance, il ne reste que le volcan de la dette publique, prêt à cracher la lave de l’inflation. Dans ce brouillard, les concurrents s’affrontent sur le marché de la dette.

N’importe quel investisseur peut comprendre que chaque vendeur de dette (les émetteurs publics et privés) doit redoubler d’efforts pour attirer le chaland (l’acheteur d’obligations). Il doit faire miroiter un rendement plus important que celui du voisin, à risques égaux. Ce n’est pas l’émetteur qui fait le prix en fixant son taux, c’est l’acheteur.

C’est pour cette simple et unique raison que nous sommes au bord du krach obligataire : il y a moins d’acheteurs que de vendeurs, puisque les émissions dépassent les capacités d’épargne. Les acheteurs ont la main ; donc, ils vont faire monter les taux.

Avec la tragédie grecque, l’or bat son record en euro
Après l’Islande, Dubaï et la Californie, voici la Grèce. Tout au long des démêlés, les médias financiers anglo-saxons (Reuters, Bloomberg, The Wall Street Journal, Financial Times) se sont fait l’écho d’une « baisse de l’or ». Pourtant, l’or a franchi la barre des 825 euros l’once, un record absolu.

Datons le début de l’affaire grecque au 9 décembre, le jour où Fitch dégrade la note du pays. L’or cote alors 775 euros. Le 22 février, il dépasse 825 euros. Une progression de plus de 6%. N’est-ce pas le rôle de protection de l’or ? Cette réaction prouve la remonétisation de la « relique barbare », selon Keynes. Dans une crise importante, l’or redevient un refuge, en concurrence pour ce statut avec le dollar.

Le 9 décembre, 1 euros achète 1,475 $ ; le 22 février, 1 euros achète 1,36 $. L’euro a baissé de 8% par rapport au billet vert. Le dollar serait donc une meilleure valeur refuge que l’or, en cas de grave crise de l’euro ? Pas si vite. Le dollar ne paraît beau et haut que parce que l’euro est avili et bas. Que valent les 387 milliards de dollars de dette publique grecque face aux 8 778 milliards de dollars de dette américaine ? La Grèce pèse moins lourd dans l’Union européenne que la Californie (également en quasi-faillite) dans l’Union américaine.

A court terme, dans cette crise grecque, l’or a prouvé son efficacité. Certes, il s’est encore fait coiffer au poteau par le billet vert. Mais, à long terme, nous pensons que l’or surpassera le dollar et que ce dernier perdra son rôle d’étalon monétaire. Aucune monnaie fiduciaire ne peut, à l’heure actuelle, reprendre le flambeau.

Les monnaies fiduciaires dérivent dans un océan de dettes
Le GEAB (1) tire la sonnette d’alarme au sujet de la désinformation ambiante. La « tendance à manipuler les informations économiques et financières, qui, certes, a toujours existé, s’intensifie considérablement du fait du contexte de dislocation géopolitique globale que la crise a générée : 2010 et les années suivantes vont notamment être caractérisées par un affrontement de plus en plus violent entre acteurs économiques (publics et privés), afin d’attirer les fonds nécessaires au financement de leurs activités et/ou déficits ».

Nous ne cessons d’attirer votre attention sur les biais statistiques douteux utilisés partout. Il ne s’agit pas, bien sûr, de mensonges délibérés qui consistent à noter un autre chiffre que celui que l’on mesure. Il s’agit d’usages de biais et d’hypothèses dont on sait qu’ils ne sont pas adaptés à la situation actuelle.

Once d'or

Ainsi, sur les vingt révisions mensuelles des statistiques du chômage américain-BLS (2) publiées depuis mai 2008, dix-huit l’ont été à la hausse. Au gré de statistiques trompeuses, les monnaies fluctuent. Toute baisse de A (l’euro) par rapport à B (le dollar) est abondamment interprétée par des médias aveugles comme la hausse de B par rapport à A. Sournoisement, la livre britannique réussit l’exploit de plonger également vis-à-vis de l’euro. Personne ne s’en est ému.

Retour aux sombres réalités économiques
La re-crise que je vous avais annoncée dans notre dernier numéro de l’année 2009 (no 63) se précise. Les pousses vertes du printemps 2009 sont définitivement mortes avec l’hiver. La croissance des pays occidentaux sera nulle ou, au mieux, anémique.

Symbolique : Renault affiche des pertes historiques, après avoir fait le plein de primes à la casse. Les Bourses, qui piétinent nerveusement, seront désertées au premier couple risque/rendement qui semblera le plus alléchant. Inflation des prix ou, au contraire, déflation des actifs ? Quel mal nous attend ? A ce stade, difficile encore de trancher. Une chose est sûre : l’or reste un abri dans les deux cas.

D’ailleurs, déflation et inflation peuvent coexister. Nous n’en sommes pas loin au Royaume-Uni, avec un indice des prix à 3,5% et une régression du PIB de 3%. Différentiel : 6,5%.

Les gouvernements de tous bords multiplient les serments d’ivrogne. Un dernier petit verre de déficit nous remettra sur les rails, vous en aurez pour votre argent. Promis, juré, craché : on reviendra vers l’orthodoxie budgétaire demain. Vous ne voudriez quand même pas que tous ces plans de relance et de renflouement soient réduits à néant, faute d’un ultime petit trou supplémentaire ?

Pendant ce temps, les banques préfèrent spéculer sur les marchés avec l’argent de leur banque centrale, plutôt que de prêter aux entreprises. Celles-ci, qui émettent leurs propres obligations, entrent donc en concurrence avec les Etats souverains. La SNCF vient d’émettre une obligation à quinze ans : la durée la plus longue jamais vue pour une entreprise privée.

Le krach obligataire couve
Presque tous les gouvernements (des pays riches de dettes) ont prévu d’augmenter leurs émissions obligataires en 2011. Il leur faut donc prouver, statistiques et calculs de risques à l’appui, que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Les projections budgétaires irréalistes s’enchaînent. Il faudra continuer à émettre de nouvelles créances, selon un processus de « madoffisation » des finances publiques.

Les dernières études d’Albert Edwards et de Dylan Grice3, co-responsables de la stratégie de la Société générale, démontent ce processus. Jamie Stuttard, directeur du secteur obligataire de Schroders, fait remarquer que la volatilité des obligations atteint depuis trois ans un niveau jamais enregistré depuis les années 1930.

Il pose une question essentielle : « Des gouvernements avec un ratio dettes/ PIB en hausse, une imposition croissante, des budgets pléthoriques, un niveau de chômage élevé, une popularité déclinante ont-ils réellement l’appétit politique (sans même parler du muscle financier) de secourir des émetteurs faibles et prodigues ? »

Des calculs de risques erronés
Sur le sujet des risques, Jamie Stuttard enfonce le clou. Remarquez au passage que je vous cite des études qui proviennent des établissements financiers eux-mêmes.

Durant l’époque du communisme triomphant, seules les critiques des ex-caciques du Parti étaient crues et pas celles des opposants extérieurs, qualifiés d’anticommunistes primaires.

Aujourd’hui, les sombres prévisions de ceux qui n’appartiennent pas à la sphère financière sont balayées comme des vues simplistes de pessimistes aigris. Jamie Stuttard dénonce quatre idées fausses en matière d’investissement obligataire.

- Le risque peut être convenablement mesuré par une estimation des fondamentaux économiques, estimation fondée sur des données déjà publiées. Faux.

- La meilleure façon de mesurer le risque d’un actif est son prix actuel et l’historique de son prix. Faux.

- Les « intervalles de confiance » de 96%, 99%, etc., sont des instruments clés préalables à l’investissement. Faux.

- Les fragiles émetteurs d’obligations (courtiers de Wall Street ou autres) seront secourus par des émetteurs plus forts. Faux.

Mais, pour le dernier point, il faudra compter avec la Banque centrale européenne. Celle-ci veut se doter de moyens de monétisation de la dette (vocable savant pour dire « création monétaire à partir de rien »).

La Banque centrale européenne se prépare au pireLes gourous et l'or
Dans un avis juridique daté du 11 janvier, la Banque centrale européenne déclare utile de maintenir la confidentialité des informations de prêts ou autres facilités de liquidités accordées par une banque centrale à un établissement de crédit particulier, y compris l’aide d’urgence….

Cela afin de « ne pas engendrer inutilement davantage de perturbations au sein du système ». Monétisation des dettes grecques, espagnoles… ou aides aux banques qui vont devoir essuyer la future tempête des refinancements d’opérations à effet de levier LBO (3).

L’heure de l’or approche…
S’il n’y avait qu’un seul argument pour l’or, ce serait le suivant : c’est le seul actif qui mérite sa note AAA, comme le fait remarquer Eberhardt Unger, de Fairesearch (4).

Les plus grands gourous investisseurs s’y intéressent. George Soros, roi de la manipulation, a annoncé que l’or est en phase de bulle, avant de déclarer, à la sortie du forum de Davos, qu’aucune monnaie fiduciaire ne lui semblait sûre. Entre-temps, son fonds a investi dans des minières aurifères en 2009.

Profitez de la poursuite du grand marché haussier
Couvrez-vous. L’or est une couverture en cas de crise monétaire et de krach obligataire. Une position d’or physique ou, éventuellement, de certificat émis à partir d’une réserve d’or physique est, à ce stade de la crise, indispensable. Investissez.

Dans le cas des minières, l’or est également un investissement. La production est en diminution. En dix ans, elle a régressé de plus de 9%. Notre sélection de fonds et de minières devrait vous procurer un bénéfique effet de levier en progressant plus vite que le prix de l’once d’or.

1. GlobalEurope Anticipation Bulletin, no 42. 2. Bureau of Labour Statistics. 3. Leveraged buyout : opération qui consiste à acheter à crédit une entreprise et à rembourser les échéances en se payant « sur la bête ». 4. Fairesearch : cabinet allemand indépendant d’études économiques.

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7 commentaires sur “Retrouvez le charme de l’or”

  1. Laurent FEIGENBAUM dit :

    Bonjour Mme WAPLER,

    Je retrouve avec plaisir l’article sur le « charme de l’or » du numéro 71 de Moneyweek.
    Pourriez vous m’indiquer dans la mesure du possible un autre Fonds OR midcap que le Fonds Metaux précieux Dynamique canadien proposé par Investeam en France car mon intermédiaire me pose beaucoup de problèmes pour acquérir ce Fonds.
    Merci d’avance.

  2. Laurent FEIGENBAUM dit :

    Madame WAPLER,

    A défaut de Dynamic precious Metals Fund, que pensez vous de la SICAV :

    Share Gold – LU0145217120 – Bank Degroof

    Merci de votre réponse SVP.

    • Cécile Chevré dit :

      Bonjour,

      Simone Wapler, que j’ai interrogé au sujet de Share Gold, vous fait dire que c’est effectivement le numéro 2 après Dynamic precious Metals Fund mais qu’elle ne connait pas le gérant et qu’elle n’a pas eu l’occasion de mener l’enquête sur ce fond.

      Cordialement,

      Cécile Chevré

  3. Laurent FEIGENBAUM dit :

    Madame WAPLER ,

    Et si vous aviez tort au sujet de l’or ? Voir par exemple :

    http://lupus1.wordpress.com/2010/03/19/gold-les-gerants-ont-des-interrogations-sur-la-perennite-de-la-tendance-haussiere/

    Si la bulle ultime était une illusion, une erreur du non infaillible Soros ?

    Merci.

    L. FEIGENBAUM

    • Cécile Chevré dit :

      Nous pouvons bien sûr nous tromper sur l’avenir haussier de l’or. Mais les raisons qui nous font pencher pour sa hausse nous paraissent plus solides que celles avancées dans l’article que vous mentionnez. En outre, comme nous en avions parlé dans une Quotidienne, l’annonce de Soros sur la bulle ultime doit être prise avec des pincettes. Premièrement parce que son fonds a multiplié par deux son investissement dans l’or. Et deuxièmement parce que oui, l’or est la bulle ultime, ce qui veut dire que les autres bulles vont éclater avant elle et que surtout que c’est celle qui offre le plus beau potentiel de gains. Les bulles sont la meilleure amie de l’investisseur… à condition de savoir vendre avant l’éclatement.

      Vous pourrez retrouvez l’article que nous avons consacré à la déclaration de Soros en suivant ce lien :
      http://www.moneyweek.fr/20100221155/conseils/matieres-premieres/fmi-soros-chine/

      Cordialement,
      Cécile Chevré

  4. E de SABOULIN dit :

    Dans une publication MW d’il y a environ 10 mois vous faisiez état du turbo call infini sur l’ARGENT. Pourriez vous me communiquer les références? je vous en remercie.
    Que pensez-vous de l’évolution de l’argent dans les mois qui viennent?

    • Cécile Chevré dit :

      Bonjour,

      Voici le nom du Turbo call :

      Turbo call Infini 1589B (NL0006455131) BNP Paribas Barrière 8.81 parité 10

      Quant à nos perspectives sur l’argent, aussi bien Simone Wapler qu’Isabelle Mouilleseaux, notre spécialiste des matières premières, sont pessimistes sur l’évolution de l’argent.

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