Vie quotidienne

Ingrid Labuzan

Pourquoi vous ne couperez pas à l’e-book

Par Ingrid Labuzan, le 2 février 2010

Les critiques à son sujet se sont multipliées. Pourtant, certaines des plus grandes entreprises mondiales se battent pour conquérir ce marché et, bientôt, il ne sera sans doute plus possible de passer à côté de l’e-book.

Un marché qui enflamme les convoitises
Le livre numérique n’en est qu’à ses balbutiements ; les parts de marché à gagner pour les acteurs du secteur sont donc gigantesques. Aux Etats-Unis, il représente seulement 2% sur un marché de l’édition de 17 milliards de dollars. En France, le Syndicat national de l’édition estime le marché à 30-40 millions d’euros, ce qui ne représente que 1% du chiffre d’affaires de l’édition.

La marge de progression est énorme, et, bien qu’Amazon soit en tête, le grand vainqueur de l’e-book est loin d’avoir émergé. Les candidats ne sont qu’à quelques mètres de la ligne de départ.

The Financial Times écrit ainsi que, “dans l’ensemble, les professionnels et analystes de l’industrie estiment que les livres numériques devraient représenter entre 20 et 25% du marché au cours de la prochaine décennie, en attendant que les éditeurs connaissent leur moment “iPod”, c’est-à-dire la mise au point d’un appareil qui donnera à l’incarnation numérique de l’écrit la même formidable impulsion qui a transformé la consommation et l’industrie musicales”.

De plus en plus de pierres à l’édifice
Pour l’instant, même si le vainqueur de cette course n’est pas identifié, il existe un pionnier du livre numérique. L’américain Amazon a lancé son Kindle – une “liseuse”, sorte de tablette ressemblant à l’iPhone, qui affiche les pages à l’aide d’une encre numérique – en 2007. Depuis octobre dernier, ce dernier s’exporte et est, par exemple, disponible en France.

La volonté affichée d’Amazon est de faire de son Kindle l’iPod de la lecture en ligne. Si l’objet de base n’est pas donné – comptez environ 200 euros –, les livres, que l’on télécharge par Internet, sont bradés à 9,99 $, servant ainsi de produit d’appel. Pour l’instant, la stratégie semble fonctionner, puisque Amazon a annoncé que le Kindle a été, à Noël, le cadeau le plus vendu de toute son histoire et que, le 25 décembre, il a vendu aux Etats-Unis plus de livres numériques que papier – sans pour autant donner de chiffres.

L’ampleur du marché à conquérir et, surtout, le nouvel engouement pour l’e-book, comme le prouvent les ventes d’Amazon, ont convaincu nombre de concurrents de redoubler de force et d’investissements pour se positionner. Amazon donc, c’est un peu l’Apple du livre. Mais sa suprématie n’a rien d’assurée. Déjà, Samsung et Google se sont associés pour proposer l’appareil (Samsung) et le catalogue d’ouvrages (Google).

Le grand libraire américain Barnes & Noble, qui n’entend pas être tué par la technologie, a donc également lancé son livre électronique. Enfin, Apple ne pouvait passer à côté de ce marché et devrait sortir une tablette qui permettrait non seulement de lire des livres mais aussi de faire bien d’autres choses (le mystère est savamment entretenu).

Cependant, l’objet lui-même est encore un frein essentiel à l’expansion du livre numérique. Sans parler de la résistance des inconditionnels des beaux livres, évoquons le prix de l’appareil, la qualité variable de l’écran et, surtout, l’absence de couleur. Autant d’obstacles qui, toutefois, ne paraissent pas insurmontables à long terme.

Déjà, Samsung vient de lancer un e-book qui permet d’écrire grâce à un stylet, afin d’annoter livres et documents qui sont lus. La guerre des géants s’annonce rude, et les marques disposent de plus en plus d’arguments pour convaincre les lecteurs-consommateurs.

La mort du livre papier ?
La mort des livres peut-être pas, mais une autre utilisation certainement. Si la “lecture plaisir” restera encore centrée un certain temps sur le livre papier, nul doute que les utilisations futures de l’e-book apparaissent déjà. Entreprises, Education nationale et juristes ou avocats pourraient en être les premiers fans, évitant ainsi de devoir transporter de lourds documents, surtout si on peut désormais annoter les ouvrages.

Toutefois, sa propagation dans la société pourrait être lente, et le Washington Post explique ainsi que son avenir pourrait ressembler à celui de l’appareil photo numérique, qui a mis une décennie à s’imposer. Déjà, nous sommes de plus en plus nombreux à lire des documents, voire des nouvelles, sur nos iPhone ou autres smartphones. La révolution des mentalités est en marche.

Peut-être aura-t-elle pour effet de démocratiser un peu plus la lecture, rendant en définitive service aux maisons d’éditions traditionnelles, qui voient avec crainte l’avènement de cette technologie. A moins que le nombre de lecteurs ne continue à s’étioler et, dans ce cas, finalement, peu importe le support.

Première parution le 21 janvier dans MoneyWeek numéro 66
Première parution le 21 janvier dans le numéro 066 de MoneyWeek

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