Economies

Business angel, ou la riche aventure du non-coté

Par La Rédaction de MoneyWeek, le 13 janvier 2010

Reprise ou non ? Difficile pour l’investisseur particulier de savoir où placer son argent. Et si c’était le moment d’opter pour le non-coté ? Business angels, investissement en direct ou plates-formes de négociation sont autant d’outils qui permettent de jouer la carte de la proximité. Prudence tout de même, car l’aventure est risquée.

Bien souvent, après avoir connu une réussite professionnelle dans de grandes entreprises ou même en tant qu’entrepreneur, vient le jour tant attendu de la retraite, où l’on pourra enfin consacrer son temps et son énergie à ses passions comme le golf, la pêche ou encore le bridge. Mais, après quelques mois passés à suivre ce régime un peu soporifique, une sourde envie vient vous tenailler les neurones.

Une vie professionnelle bien remplie, une compétence dans certains domaines ; puis, tout s’est arrêté, pour investir de manière passive sur des lignes d’actions ? Quel dommage, quel gâchis ! La fibre entrepreneuriale sommeille toujours en vous ? Une seconde vie peut alors commencer et, pour cela, il existe plusieurs solutions. La première, sans doute la plus répandue : intégrer un réseau de business angels.

Concrètement, les business angels se réunissent pour un premier tour de table lors de la phase de lancement d’une entreprise. Ensemble, ils sélectionnent les projets qui leur semblent receler un véritable potentiel de croissance. Une fois le dossier sélectionné, les membres du réseau choisissent individuellement de financer le projet et d’investir des sommes pouvant aller de 15 000 à 40 000 euros, selon les cas.

Dans la seule région Île-de-France, dix-neuf réseaux existent. Ils sont regroupés par zones géographiques, secteurs ou thématiques (réseau de femmes business angels, développement durable, grandes écoles…). Aux Etats-Unis, le financement d’entreprises par les business angels existe depuis 1958 et participe largement au développement des PME dans le tissu économique américain.

En France, le phénomène est encore minoritaire, même s’il tend à se développer. L’association France Angels regroupe actuellement 3 000 adhérents, membres de 72 réseaux. L’an dernier, ces "anges" sont venus soutenir financièrement 300 projets, pour un montant total investi de 60 millions d’euros. La mise peut varier, selon les profils, entre 5 000 et 250 000 euros, avec une moyenne d’investissement de 44 000 euros par personne.

A l’heure actuelle, le nombre d’entrepreneurs à la recherche d’un financement est très supérieur aux investisseurs. Les places sont rares (selon l’association France Angels, seuls 3% des projets parviennent à être financés) et les dossiers nombreux. Aussi, certains organismes effectuent des présélections de sociétés pour aider les investisseurs à se décider. La plate-forme francilienne Financer sa boîte, par exemple, filtre les projets en fonction des labels qu’ils ont reçus (Oséo, réseau Entreprendre, Scientipôle…).

Une expérience humaine avant tout
Lorsque vous faites le choix d’investir dans une entreprise innovante, il faut bien avoir à l’esprit que vous ne récupérerez votre mise et vos éventuelles plus-values qu’au moment de la revente. L’idée première est de s’impliquer dans un projet innovant, et non d’engranger des bénéfices.

Dans la réalité, les success stories telles que Meetic sont rares et, pour l’heure, les spécialistes reconnaissent qu’il y a encore trop peu d’expériences de sortie pour pouvoir tirer des conclusions quant aux retours sur investissement.

"Devenir B.A., c’est une autre manière d’investir. Il y a une vraie participation active non seulement financière mais également dans l’accompagnement d’un projet et d’un homme. Pas besoin d’être millionnaire pour être business angel. Avant tout, un esprit d’entreprendre et un accompagnement viennent idéalement compléter un apport financier à partir de 10 000 euros pour un projet. Attention toutefois, il s’agit d’une véritable aventure, certains projets n’arrivent pas au terme envisagé. Comme toute création d’entreprise, il y a un risque qu’il faut savoir assumer", confie un investisseur particulier.

La grande majorité de ceux qui ont tenté l’expérience reconnaissent privilégier avant tout le rapport humain, l’excitation de la mise en place d’un nouveau projet, loin devant des objectifs de plus-value.

Des retours sur expérience encore trop rares
Pourtant, il faut bien reconnaître que, en termes strictement financiers, le manque de liquidités et l’absence de visibilité restent les principaux points noirs de l’investissement dans le non-coté. Pour remédier à cela, certaines idées fleurissent sur la Toile. La société Alternativa, par exemple, s’est lancée dans une entreprise audacieuse : la création d’une "Bourse du non-coté". A date fixe, vous pouvez passer vos ordres, afin de vous placer sur l’une des dix sociétés proposées. Vous pouvez ainsi vous séparer de vos participations en les proposant à la revente sur la plate-forme, à condition, bien sûr, qu’un acheteur se présente.

Avantage non négligeable : la société assure pour vous le suivi et vous envoie régulièrement les communications financières des entreprises dans lesquelles vous avez investi. Car, bien souvent, l’absence de communication peut devenir source de conflit.

D’un côté, l’entrepreneur, qui a fait entrer quinze investisseurs dans son capital, peut perdre patience à force de devoir les renseigner sur la stratégie et l’évolution du chiffre d’affaires. De l’autre, l’investisseur peut être agacé s’il n’est pas tenu au courant des évolutions de l’entreprise dans laquelle il a placé son argent. Reste dans ce cas l’investissement en direct. Vous connaissez un ami qui se lance dans un projet. Pourquoi, alors, ne pas lui prêter main forte ?

Pour François, cadre financier qui a apporté 10 000 euros au capital de la PME d’un de ses amis, le choix s’est imposé naturellement : "Quand un ami de longue date m’a demandé d’entrer dans le capital de la société qu’il allait créer, je n’ai pas hésité. J’ai trouvé que mes 10 000 euros seraient plus utiles au capital de sa PME naissante, qui crée des emplois, plutôt que d’être investis en Bourse. J’en accepte également le risque : celui de perdre ma mise."

Entrer dans le capital de la société d’un ami est une expérience enrichissante. Proche de lui, vous serez à même de le conseiller, de l’encourager et de lui proposer votre savoir-faire. Attention, tout de même, à veiller à ne pas sortir de votre rôle : celui de conseiller et non de décideur. Vous vous épargnerez ainsi bien des conflits.

Chloé Consigny, Frédéric Laurent

Première parution le 17 décembre dans MoneyWeek numéro 62

Partager l'article
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Netvibes
  • StumbleUpon
  • Twitter
  • viadeo FR
  • Wikio FR

Les commentaires sont fermés pour cet article.

La suite de l'actualité