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Par Simone Wapler, le 27 janvier 2010
Nous pressentons une tragédie grecque plutôt qu’un conte de fées. Dans le Financial Times * ce matin, on nous y explique que la Grèce " se débat pour placer sa dette". Puis, un peu plus loin, on apprend que les 5 milliards d’émission ont été sursouscrits, avec 4 fois plus d’acheteurs que nécessaires. Sans avoir l’esprit spécialement tordu, avouez qu’il est étrange que les acheteurs se bousculent pour quelque chose qui se vend mal. Cherchez l’erreur …
Les émissions dépassent l’épargne : étrange
Il faut rapprocher les émissions de dette souveraines et les taux d’épargne. L’Europe, par exemple, va émettre cette année 2 200 milliards d’euros. Le PIB de la zone euro est de 12 000 milliards d’euros. L’émission de dettes représente 18 % du PIB. Parallèlement, le taux d’épargne est inférieur. En France il a atteint un taux record de 17 %, le plus élevé depuis 1983. Mais en moyenne, il serait plutôt de 10 % en Europe. Conclusion : l’épargne ne suffit pas à absorber les émissions obligataires. C’est pourquoi, la Grèce est contrainte d’envoyer des émissaires de Goldman Sachs pour placer sa dette en Chine.
Les mystérieuses "sur-souscriptions"
Trois hypothèses sont possibles. Je vous livre d’abord la plus présentable. Les investisseurs délaissent les marchés actions et se tournent vers l’obligataire. Cela présage mal du comportement des Bourses en 2010, puisque tout l’argent disponible se tournerait vers l’obligataire.
Deuxième hypothèse : tout est absorbé par les réserves de change des pays émergents. La Chine se serait donc ruée sur la dette grecque dès que le taux l’aurait satisfaite. Avouez quand même que c’est peu crédible. Elle a déjà fort à faire pour éponger les émissions en dollar.
Troisième hypothèse : la monétisation de la dette (quantitative easing et rachat en sous main par les banques centrales des émissions) se poursuit à un rythme bien plus grave qu’on veut le dire.
Les banques centrales "tricheraient" ?
Pourquoi la Fed refuse-t-elle un audit ? Pourquoi Fitch met-il en garde contre les risques de marché sur la dette à court terme ? Nous nous insurgeons contre l’idée fausse que les banques centrales maîtrisent leurs taux directeurs. Ce sont les acheteurs de dette qui vont fixer les taux long et les taux courts devront suivre. C’est le prix à payer quand on vend sa dette à l’étranger.
Epargnants, vendez vos obligations souveraines ! Déjà plus de 6 % en Grèce. A combien faudra-t-il monter pour que l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal et la France casent les leurs ? Que deviendra la vieille dette émise à des taux ridicules ?
* "Athens turns to Beijing for bond sale", Financial Times, 27 janvier 2010