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Créé en 1962, Wal-Mart est aujourd’hui numéro un mondial de la distribution. Avec 8 159 supermarchés dans quinze pays, un chiffre d’affaires annuel de 401 milliards de dollars et 2,1 millions d’employés, ce géant poursuit sa croissance malgré la crise. Est-ce à dire que le consommateur américain se porte bien ?
Taux de chômage égal à 10,2% aux Etats- Unis et toujours autant de passages en caisse pour Wal-Mart. Aus pays de la consommation, le groupe américain continue à attirer le chaland. Son secret : des prix sacrifiés sur tous les produits d’usage courant, de l’épicerie à l’électroménager en passant par les produits culturels ou le rayon frais.
Pour ce faire, la firme continue à appliquer avec minutie les mêmes principes depuis sa création, il y a maintenant plus de quarante ans. En jouant sur l’effet volume, elle parvient à minimiser ses coûts grâce, notamment, à des négociations musclées auprès de ses fournisseurs, qui peuvent difficilement composer sans le géant du secteur, largement implanté aux Etats-Unis, mais également au Mexique, au Canada et en Grande-Bretagne.
Un leader mondial
Wal-Mart aujourd’hui, c’est une telle force de frappe que chaque décision prise par le groupe a des répercussions sur l’économie nationale et mondiale. Récemment, la firme a fait le choix de diviser d’un tiers le nombre de sacs en plastique distribués en caisse à l’horizon 2013. Un engagement qui, a priori anodin, a pourtant de quoi faire frémir les fournisseurs en emballages en matière plastique de la firme.
Le groupe a amorcé sa stratégie offensive de développement en 1990, date à partir de laquelle la firme a ouvert en moyenne sept supermarchés par mois, afin de parvenir en 2000 à 888 supermarchés sur le territoire américain, soit le plus gros distributeur du pays. Hors de question pour autant de s’arrêter en si bon chemin.
A partir de l’an 2000, le groupe a poursuivi sa croissance avec une ouverture mensuelle moyenne de seize supermarchés. Avec ses tarifs ultracompétitifs, notamment pour l’alimentaire, le géant est parvenu au fil des ans à rogner des parts de marché sur ses concurrents, jusqu’à devenir leader du secteur.
Une véritable machine de guerre
En moyenne, on estime à 30% la part de marché détenue par le groupe dans le secteur alimentaire aux Etats-Unis. "Wal-Mart n’a pas seulement changé les habitudes des consommateurs, il a également révolutionné le business model de la distribution aux Etats-Unis, avec des conséquences désastreuses pour tous ceux qui ne pouvaient pas s’ajuster. Durant la décennie au cours de laquelle Wal-Mart est devenu leader du marché américain, trente et une chaînes de supermarché se sont placées sous le régime de protection des faillites. Parmi elles, vingt-sept ont mentionné la concurrence de Wal-Mart comme la principale raison de leur débâcle", note Charles Fishman dans son ouvrage intitulé The Wal-Mart effect – How the world’s most powerful company really works.
Un modèle critiqué
Pourtant, aujourd’hui, l’Amérique consommatrice se montre de plus en plus critique à l’égard du géant de la distribution. Sur la Toile, on ne compte plus le nombre de blogs de consommateurs qui incitent à boycotter l’enseigne. Parmi les principales raisons invoquées : des produits chinois qui ne soutiennent pas la reprise américaine, mais également une politique salariale agressive.
Dans son ouvrage How Wal-Mart is destroying America ? (Comment Wal-Mart est en train de détruire l’Amérique ?), Bill Quinn décrypte l’envers du décor de la success story : "1,5 million de personnes dans le monde travaillent pour la firme [Ndlr : 2,1 millions aujourd'hui]. Pourtant, derrière les sourires des caissiers, se cachent de cruelles vérités : temps partiel, heures supplémentaires non payées, bas salaires, absence d’avantages sociaux, etc., et comme Bentonville [Ndlr : ville où se situe le siège de Wal-Mart] est maintenant le plus gros employeur privé au monde, sa gestion de la force de travail deviendra de plus en plus inhumaine et avare, afin de permettre à la firme de conserver sa position de leader."
Néanmoins, la position de Wal-Mart aux Etats-Unis, à la fois pourvoyeur d’emplois et spécialiste de la distribution au particulier, fait que le groupe est incontournable dans l’économie américaine. La firme poursuit sa stratégie et se démarque de la débâcle économique actuelle en appliquant sa recette ancestrale : rogner les coûts afin de conserver ses marges et avec le soutien de ses actionnaires.
Première parution le 26 novembre dans MoneyWeek numéro 59