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Par La Rédaction de MoneyWeek, le 21 décembre 2009
Le capital des banques peut sembler une donnée financière ésotérique, qui n’intéresse que les spécialistes du secteur. Or cette notion, si complexe qu’elle soit, a de réelles conséquences sur l’économie, par le biais du crédit distribué par les banques.
Qu’entend-on par capital des banques ?
Le capital, appelé fonds propres dans le vocabulaire financier, peut être comparé au carburant du moteur du crédit, à cette nuance près que le carburant est fabriqué par le moteur lui-même. En effet, c’est en fonction du montant des "réserves" accumulées par les institutions financières que ces dernières vont pouvoir prêter aux ménages et aux entreprises. A noter : les banques produisent chaque année plus ou moins de fonds propres, selon leurs capacités à dégager des résultats. A l’inverse, qui dit pertes, dit destruction de fonds propres.
A quoi sert le calcul des fonds propres ?
Les fonds propres sont, d’un point de vue comptable, inscrits au passif des établissements de crédit. Cet élément du passif détermine un autre pan du bilan, à l’actif cette fois, à savoir le montant des crédits. En effet, depuis 1988, les banques européennes (mais aussi de plusieurs pays de l’OCDE) sont tenues de ne pas prêter au-delà d’un certain pourcentage de leurs fonds propres.
Le fameux ratio Cooke (du nom de Peter Cooke, directeur de la Banque d’Angleterre) détermine cette limite. Pour le calculer, on rapporte l’ensemble des fonds propres au total des actifs dits "pondérés", qui regroupent les encours de crédits, les engagements au bilan et les engagements hors bilan des banques. Les experts scrutent plus généralement le ratio Tier One, ou "noyau dur". Le Tier One est constitué notamment par le capital social, les réserves, le résultat en attente de distribution et les intérêts minoritaires dans les filiales. En divisant ce total par le montant des actifs pondérés, on obtient le ratio Tier One, qui, dans la pratique bancaire, doit être au moins égal à 8%.
Cependant, ce ratio, qui ne prend en compte que le risque du portefeuille de crédit classique, a été jugé rudimentaire par les régulateurs : ces derniers ont donc proposé un nouveau ratio, le ratio McDonough (du nom du président du Comité de Bâle de l’époque), plus contraignant, puisqu’il intègre dans le calcul des actifs le risque opérationnel (par exemple, la fraude) et, surtout, les risques de marché. En Europe, cette réforme n’est entrée en vigueur qu’en 2008. Il n’est pas inutile de rappeler que les Etats-Unis se sont toujours tenus à l’écart de cette nouvelle norme.
Quel lien entre le capital des banques et la crise financière ?
Quand la crise bancaire se déclenche en 2007, il s’agit avant tout d’une crise de liquidités : les banques ne se prêtent plus entre elles, par défiance face aux produits de titrisation. Mais une spirale infernale s’enclenche : les pertes liées à ces fameux produits toxiques atteignent des montants abyssaux (approchant le millier de millions, ou trillion, de dollars de pertes constatées à ce jour), et détruisent de ce fait les fonds propres des banques.
A titre d’exemple, les pertes estimées du système bancaire aux Etats-Unis excéderaient le niveau des fonds propres. Cette insuffisance en capital a failli mettre en péril l’ensemble des institutions financières à l’automne 2008, à la suite de la faillite de Lehman Brothers. Pour cette raison, les Etats, tout en jugulant la crise de liquidités en assurant la garantie des passifs inter bancaires, ont injecté des capitaux dans les banques, voire les ont nationalisées, afin qu’elles puissent continuer à prêter. En France, l’Etat a apporté une première aide de 10,5 milliards d’euros sous forme d’avance en capital. Cette aide est en voie de remboursement.
Vers un durcissement des contraintes en matière de capital ?
La crise actuelle a mis en évidence des insuffisances patentes en capital face au développement d’opérations de plus en plus risquées, donc fortement consommatrices de fonds propres. Les régulateurs mondiaux se sont donc accordés pour accroître la charge en capital des banques sur les produits issus de la titrisation, le risque de marché et le portefeuille de trading (opérations de spéculation à très court terme).
Il est également prévu que les banques consolident dans leurs comptes les véhicules d’actifs titrisés, qu’elles avaient opportunément sortis de leur bilan, ce qui les contraint à renforcer leurs fonds propres. Autre élément de la réforme : la généralisation d’une provision pro-cyclique sur le modèle espagnol, sorte de "matelas de sécurité", afin de faire face à une montée des risques. Toutefois, l’ensemble de ces mesures, longues à élaborer, n’entrera en vigueur qu’en 2011. Les Européens sont favorables à une accélération du calendrier.
Sandrine Voizot
Première parution le 26 novembre dans MoneyWeek numéro 59