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Denis Sarget

EADS subit encore la crise de l’aérien

Par Denis Sarget, le 24 décembre 2009

Début septembre 2008, nous avons recommandé de vendre EADS, alors à presque 15 euros. Avec raison, puisque le titre a, depuis, dévissé jusqu’à pratiquement 8 euros, avant de se reprendre largement ces derniers mois. La publication de résultats pourtant médiocres a même été saluée par une nouvelle hausse de l’action.

Au troisième trimestre, relate Investir, si le chiffre d’affaires n’enregistre qu’une modeste érosion de 2%, les comptes du premier groupe aéronautique européen sombrent dans le rouge. La perte nette est de 87 millions d’euros, contre un bénéfice de 679 millions d’euros un an plus tôt. Ces mauvais chiffres ne dissuadent pourtant pas l’hebdomadaire de recommander le titre à l’achat, estimant que les effets de la crise sont déjà intégrés dans le cours.

Le reste de la presse financière est toutefois plus circonspect : Le Journal des finances préfère rester à l’écart, tandis que Le Revenu en préconise carrément la vente. Ce dernier hebdomadaire souligne néanmoins les points forts de l’avionneur européen : un solide carnet de commandes de 378 milliards d’euros (environ neuf ans de chiffre d’affaires !) et une plantureuse trésorerie nette de 8 milliards d’euros.

Mais la crise a durement touché le transport aérien, domaine des plus cycliques, et les pertes cumulées des grandes compagnies de l’aviation atteignent des proportions abyssales.

En outre, la reprise des cours du pétrole ne va guère améliorer des comptes en berne. Ces difficultés ont entraîné la réduction des cadences de production pour EADS. Certaines commandes ont été annulées et, surtout, les demandes de report se sont multipliées.

Le patron du groupe, Louis Gallois, ne paraît d’ailleurs guère entrevoir le bout du tunnel. Le président d’EADS estime que 2010 et 2011 seront toujours des années de crise et ne compte guère faire de prospective avant la fin de l’hiver 2010 ! En plus de cette visibilité très limitée, l’entreprise a des faiblesses plus récurrentes. La société produit en euros et facture en dollars. En dépit des couvertures de change, souligne Investir, une baisse de 10 cents du billet vert ampute de 1 Mdeuros le résultat opérationnel du groupe.

Or la situation ne va pas aller en s’améliorant. Le lourd endettement américain, ajouté à la création monétaire débridée de la Réserve fédérale, ne peut à terme qu’envoyer le dollar par le fond. EADS doit, de surcroît, relever des défis plus techniques. Une meilleure implantation dans le domaine militaire permettrait au groupe d’atténuer le caractère trop cyclique de l’aviation civile. Mais la société est à la peine avec l’avion de transport militaire A400M.

Les retards accumulés sont importants. L’éventualité de 4 milliards d’euros de provisions pour EADS est évoquée par Investir, qui nous paraît bien optimiste d’estimer les incertitudes levées dans ce dossier. Au moins, le gros-porteur A380 est un succès commercial. Mais, avec des coûts de production sensiblement supérieurs aux attentes, sa rentabilité déçoit.

Le rebond récent peut être mis à profit pour céder, si ce n’est pas déjà fait, ce titre aux perspectives bien incertaines.

Denis Sarget, spécialiste des petites valeurs contribue à la lettre Small Caps Profit. Pour en savoir plus…

Première parution le 3 décembre dans MoneyWeek numéro 60

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