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L’once d’or cote au dessus de 1 100 $ et frise les 740 euros. Deux évènements majeurs viennent de se produire : le revirement des banques centrales et le refuge vers le métal physique. Les banques centrales se déclarent acheteuses. Du jamais vu jusqu’à présent. L’Inde a acquis 200 des 403,3 tonnes mises en vente par le Fonds monétaire international.
Dans la foulée, le Sri Lanka a également déclaré avoir acquis du métal jaune. "Nous avons connu une énorme volatilité des monnaies durant la crise qui nous fait éprouver le besoin d’avoir quelque chose de solide en réserve. Naturellement, l’or émerge comme l’actif le plus logique", a déclaré Ajith Nivaer Cabraal, le directeur de sa Banque centrale.
"Ces banques centrales qui ont un faible ratio de réserves en or, notamment celles d’Asie seront les candidates potentielles à l’achat du reste des 203,3 tonnes d’or du FMI dans un marché parallèle", estime Robin Bahr, stratégiste matières premières chez Calyon dans les colonnes du Financial Times. Mais ce marché, même parallèle, contribue à soutenir les marchés comptant et à terme.
L’or tangible plus cher que le papier
Le deuxième événement marquant est que le prix de l’or au comptant a dépassé celui des contrats à terme. Une configuration technique de "backwardation", qui, pour les spéculateurs avertis, est plus haussière que baissière. Début novembre, ce phénomène était si fort, que le cours comptant (1045,70 $ l’once) était supérieur aux cours des contrats de novembre, décembre, février, avril, juin et août.
Concrètement, cela signifie que les acheteurs sont près à payer plus cher l’or livré et palpable que l’or papier des contrats ou même les certificats. Ainsi, le SPDR Gold Trust, un organisme américain émetteur de certificats sur une réserve d’or physique, a vu son stock baisser de 20 tonnes depuis avril, date à laquelle l’or cotait seulement 870 $. Depuis le cours a gagné plus de 200 $. "Cet exemple prouve que les acheteurs veulent du tangible, pas du papier" fait remarquer James Turk dans les colonnes du Financial Times vendredi dernier.
Tandis qu’économistes et stratégistes dissertent sur la déflation ou la reprise de l’économie réelle, l’or monte, dans toutes les monnaies. "Les investisseurs sont nerveux à propos de l’exposition des banques" confie un spécialiste de la régulation au Financial Times. Autre indicateur de trouille, le rapport or/argent a augmenté. En effet, lorsque les investisseurs cherchent avant tout à s’abriter, ils délaissent l’argent dans un premier temps. Et ils veulent de l’or sans aucun risque de contrepartie.
Avant Lehman Brothers, le sauvetage des banques, les mesures monétaires non conventionnelles, etc. – peu de gens s’intéressaient à l’or. Seulement quelques investisseurs pessimistes sur la solidité de la croissance à crédit. Désormais, les banques centrales rejoignent ceux-ci. Heureusement – car c’est un signe que l’or n’a pas atteint son sommet – le métal jaune a encore ses détracteurs. "Fétichisme métallique", fustige l’universitaire, professeur d’économie, Henri Régnault dans son Journal de crise no 9.
Evidemment : l’or est un flic et personne n’aime les descentes de police dans son immeuble. Dans un monde de monnaies fiduciaires idéales, il n’a pas sa place. Mais de plus en plus de banques centrales affichent leur défiances vis à vis des monnaies occidentales. Les pauvres achètent de l’or et les riches le méprisent, qui a raison ?
Nous nous rangeons plutôt du côté des pays émergents. Les soucis à propos de la solvabilité des banques recommencent à faire surface. L’or semble désormais entrer dans une poussée similaire à celles de 2005 ou 2007. Dans ce cas, la poussée actuelle pourrait emmener les cours à plus de 1 300 $, voire 1 640 $ à un horizon de trois mois.
Première parution le 12 novembre dans MoneyWeek numéro 57