MoneyWeek
> Abonnement à MoneyWeek
Accueil téléphonique :du lundi au vendredi entre 9h-12h et 14h-16h au 01 44 59 91 16
Accueil téléphonique :du lundi au vendredi entre 9h-12h et 14h-16h au 01 44 59 91 16
Partout dans le monde, les plans de relance ont accordé un important volet au développement durable et aux énergies alternatives. En Bourse, est-ce le bon moment pour se placer sur les valeurs environnementales ? Comment choisir les bonnes valeurs parmi le foisonnement de sociétés qui se développent dans ce secteur ?
MoneyWeek – Que pensez-vous du rebond boursier actuel ?
Bruno Vacossin Pour l’instant, nous avons l’impression d’une sortie de récession. Pourtant, tous les fondamentaux ne sont pas dans le vert. Le chômage s’accentue et, sur les marchés, les investisseurs prennent leurs bénéfices, pour revenir vers les valeurs défensives. Ce qui est logique car les valeurs qui dépendent de la consommation ont enregistré une croissance très importante. Toutefois, je ne pense pas que les marchés vont s’écrouler. Une consolidation serait salutaire. Les Etats-Unis connaissent une réelle amélioration. Par exemple, les indicateurs avancés font état d’une reprise du marché immobilier résidentiel.
Hervé Thiard On attend un second souffle, qui serait signe d’une vraie reprise. La réduction drastique des coûts de production et le phénomène de déstockage/restockage ont gonflé les résultats des entreprises. Les liquidités stockées par les banques centrales n’ont pas encore été transformées en crédit. Nous sommes dans la prolongation du scénario d’une reprise en dos d’âne. J’écarte la crise systémique, mais je pense que le salut réside dans les valeurs de croissance, celles qui ont un développement autonome, telles la santé, les énergies nouvelles ou la communication.
Manuel Doméon Pour l’heure, la consolidation est technique. Les résultats des sociétés sont en général supérieurs aux attentes anticipées par les analystes. Cette consolidation pourrait se poursuivre, mais sans remettre fondamentalement en question le retour à la croissance espéré pour 2010.
Arnaud Morel Après une hausse de 60% depuis les plus-bas de mars, la consolidation est à présent technique. D’ici à la fin de l’année, une progression supplémentaire est possible, guidée par la poursuite du rebond industriel, du restockage et des perspectives bénéficiaires des entreprises. Cependant, une interrogation demeure : comment, en 2010, les banques centrales vont-elles sortir de leur politique monétaire accommodante ?
Nicolas Rochon Je ne serais pas si optimiste. Pour moi, le rebond auquel nous assistons depuis mars est artificiel. Le chômage continue à augmenter. Dans ces conditions, je ne vois pas comment la consommation pourrait reprendre. Aussi, je reste prudent, conscient que le risque de correction des marchés est fort. Pourtant, je suis confiant car le secteur de l’environnement n’a que très peu participé au rebond du marché des six derniers mois. Les montants des plans de relance alloués à l’environnement sont considérables : 450 milliards de dollars (200 milliards de dollars par la Chine et 150 milliards de dollars par les Etats-Unis). Aussi, il y a de fortes chances que le secteur, relativement décorrélé du marché et principale victime de la crise financière, se porte bien dans les prochains mois.
Hervé Thiard Il faut bien comprendre que la plupart des dépenses annoncées ne se sont pas encore concrétisées. Le sommet de Copenhague [Ndlr : qui se tiendra à partir du 7 décembre] pourrait déboucher sur une réglementation concrète et effective, dans le prolongement de ce qui a pu être proposé lors du protocole de Kyoto.
Quid de la France ? Dans les 50 milliards d’euros du grand emprunt, y a-t-il un volet environnement ?
Manuel Doméon Pour l’heure, rien ne filtre. Personne ne peut dire dans quelle mesure cet emprunt sera destiné à encourager le secteur des énergies vertes. La France a longtemps été en avance dans la recherche sur l’énergie solaire et l’efficacité énergétique. Pourtant, en pratique, la France a raté la marche du solaire.
Quels sont les secteurs privilégiés par les subventions des différents plans de relance ?
Nicolas Rochon Les plans de relance insistent tout particulièrement sur le volet de l’efficacité énergétique, car ce secteur est fortement pourvoyeur d’emplois non délocalisables. En France, il n’y a pas de producteurs d’énergie solaire thermique, ni photovoltaïque. Dans leurs plans, la Chine et les Etats-Unis mettent également l’accent sur les réseaux de distribution d’eau et d’énergie. Enfin, la Chine développe particulièrement l’éolien. Il faut savoir que ce dernier pays sera le plus grand installateur de fermes éoliennes dans le monde en 2009, avec 7,5 GW de puissance installée.
La Chine, aidée par ses banques qui financent 100% des projets, a de plus en plus une position de leader sur le marché. Les trois plus gros producteurs de turbines chinois sont Dongfang Electric, Sinovel et Goldwind. Dans le solaire, les barrières à l’entrée sont moins élevées que dans l’éolien ; aussi, l’Europe subit la concurrence féroce de la Chine. Si les constructeurs européens et français veulent rester leaders dans cette technologie, il faut qu’ils obtiennent le financement par des banques. Actuellement, la production de cellules photovoltaïques en Europe est 30% plus chère qu’en Chine.
Bruno Vacossin Il n’y a pas que les emprunts ou les plans de relance qui viennent soutenir le développement du secteur de l’environnement. Il y a également le cadre législatif. L’Union européenne a adopté une directive en 2008 qui détermine des objectifs de recyclage à l’horizon 2020 : 50% pour les déchets ménagers et 70% pour les déchets de construction. Une législation en faveur de l’augmentation du taux de recyclage des emballages a également été mise en place. Idem pour le secteur de l’eau, où une directive oblige à réduire la présence de résidus médicamenteux, par exemple. A l’avenir, les entreprises auront de plus en plus l’obligation d’investir en faveur de l’environnement.
Hervé Thiard Attention, le secteur des déchets est très dépendant de la consommation. La phase actuelle n’est clairement pas bonne. Mieux vaut rester à l’écart.
Nicolas Rochon En effet, le secteur des déchets est très lié à l’évolution de la consommation. Si les difficultés économiques actuelles se traduisent par une forte inflation, donc par une augmentation du prix des matières premières, l’activité recyclage va croître. En revanche, le niveau de consommation reste inquiétant. Parmi les valeurs du secteur, il est possible de trouver à la fois des valeurs défensives et des valeurs cycliques, ce qui permet d’assurer une vraie diversification.
Hervé Thiard La distribution d’électricité est un secteur défensif. Récemment, l’Allemagne a revu ses tarifs de rachat d’électricité solaire à la baisse, ce qui est un très bon signe. Cela signifie que, à terme, le coût de production sera à parité avec le coût de l’électricité "classique" ; donc, le secteur pourrait se passer de subventions. Les réseaux deviendront bientôt "intelligents", en ce sens qu’ils seront capables d’échanger des informations entre le consommateur, qui peut temporairement devenir producteur, et les différentes sources de production, ce qui permettra d’optimiser l’offre et la demande.
Que pensez-vous du projet Desertec (mise en place d’une centrale thermosolaire dans le Sahara) ?
Nicolas Rochon Nous sommes investis sur Solar Millenniun, qui participe au projet. Desertec est un vrai enjeu, notamment du point de vue de la construction. Pour l’instant, c’est davantage un concept qu’un projet.
Manuel Doméon Nous avons rencontré les représentants de Munich Re [Ndlr : l'une des sociétés à l'origine du projet]. Ils y croient. Ce projet, allemand à l’origine, intéresse d’autres sociétés telles que EDF ou l’entreprise espagnole Abengoa.
Suite du dossier : Parmi les différentes énergies vertes, lesquelles privilégier ?
Première parution le 12 novembre dans MoneyWeek numéro 57