Economies

Pierre Tenaud

Les as du poker

Par Pierre Tenaud, le 15 décembre 2009

A Las Vegas, le championnat du monde de poker a tenu toutes ses promesses. Tout y était. Un gain faramineux au vainqueur, des joueurs atypiques et charismatiques, des rebondissements à gogo. Et un Français en finale. Le poker a connu un grand coup d’accélérateur au début de la décennie.

De plus en plus de joueurs se sont pris de passion pour ce jeu qui demande une certaine dose de chance, accompagnée d’une part réelle de talent. Dans les années 1990, le gagnant du tournoi principal des championnats du monde de poker (World Series of Poker – WSOP) repartait avec 1 millions de dollars, après avoir misé 10 000 $.

Quelques centaines de joueurs habitués aux arrière-salles enfumées venaient s’affronter chaque année pour ce titre et le pactole qui va avec. Mais l’arrivée d’Internet a modifié la donne. Un nombre incroyable de joueurs tout à fait respectables a commencé ainsi à jouer au jeu des gangsters. La fréquentation des WSOP, tout comme les prix, ont grimpé.

En 2003, année charnière pour le poker, le vainqueur a remporté 2,5 millions de dollars. Le gagnant au nom prédestiné, Chris Moneymaker ("Faiseur d’argent"), avait réussi à gagner sa qualification sur Internet pour quelques dizaines de dollars et s’était ensuite sorti des griffes de centaines de joueurs chevronnés, grâce à une chance insolente.

L’histoire de cet Américain moyen qui gagne le gros lot sans avoir risqué des fortunes a créé un véritable mouvement de foule vers le poker. Les médias se sont emparés de l’histoire et, l’année suivante, le nombre de participants a doublé tout comme la récompense au vainqueur, passée à 5 millions de dollars.

Les prix n’ont cessé de monter jusqu’en 2006, lorsque, Jamie Gold, riche producteur hollywoodien et simple amateur de poker, a remporté 12 millions de dollars. Mais 2007 marque la fin de cette tendance expansionniste dans les WSOP. Le public commence à se lasser et les victoires des amateurs donnent le sentiment que le poker est un pur jeu de hasard. Surtout, les finances des ménages américains ne permettent plus vraiment les mêmes folies.

2009 pourrait être le cru que l’industrie du poker attendait
Pour tenter de relancer l’intérêt des fans, les WSOP ont décidé en 2008 de repousser la finale en novembre, alors que l’essentiel du tournoi a lieu en juillet. Ainsi, les neuf finalistes (surnommés les November Nine) ont suscité l’intérêt pendant de long mois, tandis que le suspens grimpait.

L’expérience a été reconduite cette année, et nul doute qu’elle va s’imposer comme une vraie tradition. Entre juillet et novembre, la pression a bel et bien monté et les neuf finalistes ont été examinés à la loupe. Le casting était tout simplement parfait.

Parmi eux, la star du poker, Phil Ivey, considéré par ses pairs comme le meilleur joueur du monde. Sa présence à la table finale promettait du spectacle et du beau jeu. Cela a démontré également que le poker n’est pas qu’un jeu de hasard et que les qualités de bon joueur sont essentielles. Celui que l’on surnomme le "Tiger Woods du poker", en raison de sa précocité et de sa domination, était donc l’un des favoris des bookmakers.

L’autre grand favori s’appelait Darvin Moon. Un exploitant forestier du fin fond des Etats- Unis, qui ne dispose ni d’une carte bleue, ni d’une connexion à Internet. Ce modeste Américain qui jouait avec ses amis au casino a gagné son ticket en y remportant un banal tournoi. Le conte de fée a ensuite commencé : il part à Las Vegas et, face à 6 500 joueurs et en huit jours de compétition, Moon s’immisce à la table finale avec un énorme avantage en matière de jetons. L’Amérique profonde avait trouvé son nouveau héros.

Mais le plus dur restait encore à faire : battre les autres finalistes, pour empocher les 8,5 millions de dollars dévolus au premier. Il a finalement dû se contenter d’une magnifique deuxième place, en raison d’un niveau de jeu plus que moyen, mais il est tout de même reparti avec plus de 5 millions de dollars, promettant de ne rien changer à sa vie et refusant tout contrat de sponsoring pour passer professionnel.

Côté français, la coqueluche du public était Antoine Saout. Ce jeune Breton de 25 ans avait réussi à gagner sa qualification sur Internet, lui aussi pour quelques dizaines de dollars seulement. Il termine troisième et réalise ainsi le plus gros gain de l’histoire du poker français en empochant 3,5 millions de dollars. Il pourrait devenir le "Moneymaker" français, surtout en ces temps d’ouverture du marché des jeux en ligne. Tout un symbole.

Mais le grand gagnant représente parfaitement ce qu’est le poker aujourd’hui : un jeu pour jeune surdoué, accroc au jeu online. Joe Cada devient le plus jeune champion du monde de poker à seulement 21 ans, l’âge minimal requis pour entrer dans un casino américain. Avec un tel gain et des tas de sites de jeu prêts à lui offrir des contrats en or, nul doute que ce jeune homme peut voir venir. En tout cas, l’industrie du poker peut se féliciter de cette édition des WSOP, qui pourrait bien relancer la folie du poker, notamment en France.

Première parution le 19 novembre dans MoneyWeek numéro 58

Partager l'article
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Netvibes
  • StumbleUpon
  • Twitter
  • viadeo FR
  • Wikio FR

Les commentaires sont fermés pour cet article.

La suite de l'actualité