MoneyWeek
> Abonnement à Moneyweek
Accueil téléphonique : du lundi au vendredi entre 9h à 17h
au 01 44 59 91 16
Accueil téléphonique : du lundi au vendredi entre 9h à 17h
au 01 44 59 91 16
La Chine a lancé son Nasdaq. Copié sur le modèle du marché américain des valeurs technologiques, un nouveau marché, ChiNext, vient de faire son entrée à la Bourse de Shenzhen. Ce marché, réservé aux PME innovantes et à fort potentiel, recense aujourd’hui vingt-huit entreprises, mais cent cinquante autres seraient déjà sur les rangs pour les rejoindre.
L’engouement n’est pas uniquement du côté des entreprises. Les investisseurs se sont rués sur les titres cotés au ChiNext. Résultat : la capitalisation boursière de ces vingt-huit sociétés a plus que doublé lors du jour de l’introduction de ce nouveau marché, passant de 68,6 milliards d’euros (6,8 milliards d’euros) à 140 milliards d’euros (139 milliards d’euros). Pourtant, Shang Fulin, le président de la commission de la régulation chinoise, avait annoncé, une semaine avant l’ouverture de ce marché, qu’il risquait d’être plus irrationnel que le marché principal de Shanghai. La croissance incroyable de ces valeurs (que les investisseurs connaissent à peine) lui donne parfaitement raison.
C’est vrai que ce nouveau marché avait tout pour attirer l’amateur de spéculation à fort degré d’adrénaline. Le marché chinois est l’un des plus volatils du monde et la situation économique de l’empire du Milieu inspire le respect des investisseurs (le pays a annoncé près de 8,5% de croissance en 2009, malgré la crise). De plus, les valeurs technologiques à fort potentiel sont généralement très séduisantes pour les financiers.
Souvent, ces investisseurs voient se profiler des plusvalues à trois chiffres espérant que l’une de ces pépites connaisse un succès triomphal. Les risques pris, par rapport aux bénéfices attendus, ne représentent presque rien. C’est du moins la théorie. Mais bien souvent, ces investisseurs connaissent peu ou pas du tout la vraie situation des entreprises et ne savent rien du business model. Les risques de pertes sont donc souvent bien plus importants que prévu. Il s’agit surtout de jouer aux machines à sous : la plupart du temps, vous perdez, mais parfois vous touchez le jackpot. Sauf que le risque de bulle spéculative n’existe pas au casino, alors que sur le ChiNext, il semble de plus en plus concret.
Risques de retournement
Tout le monde se souvient du krach des valeurs technologiques qui reste comme l’un des plus grands mouvements d’aveuglement de la planète finance. Des start-up auxquelles on prédisait une croissance fulgurante ont vu leurs cours s’envoler. Pour autant, concrètement, leur valeur boursière était loin de refléter leurs bénéfices, mais à Wall Street, c’était la mode. Et quand la mode passe, le marché s’écroule. Les derniers qui ont encore des titres sont les dindons de la farce. Nous craignons que la Bourse secondaire de Shenzhen ne connaisse le même retournement.
Selon le site Internet du Quotidien du peuple, le ratio cours sur bénéfice atteignait 111 à son niveau record. Invraisemblable ! Depuis cette première journée de feu, l’enthousiasme s’est calmé et de nombreux investisseurs ont pris leurs plus-values. Résultat, le marché a connu une importante baisse dans les jours qui ont suivi. Pour Le Quotidien du peuple, les valeurs de ce marché (qui ne bénéficie pas encore d’un indice) ont vu leurs capitalisations globales reculer de près de 19 milliards d’euros, soit environ 15%, dans les dix jours suivant le raz-de-marée de l’introduction.
Par exemple, le producteur de cinéma Huayi Brothers avait vu son titre passer de 28,58 Ұ pour son introduction à plus de 90 Ұ dans la journée, avant de clôturer en hausse de 150% à 70,81 Ұ. Depuis, le titre est retombé à 61 Ұ, le 19 novembre, en baisse d’environ 15%, grâce notamment à une reprise les trois jours précédents. Mais cette baisse n’est pas encore suffisante au vu du ratio cours sur bénéfice toujours extravagant, même si l’on considère la société comme un modèle de compagnie à potentiel.
Que dire sur la folie qui a entouré l’ouverture de ce nouveau marché, si ce n’est que personne n’a appris des erreurs du passé ? Certains n’hésitent pas à vilipender un marché chinois immature. Peut-être ont-ils oublié que ce genre de coup de folie ne touche pas que le marché chinois…
Première parution le 26 novembre dans MoneyWeek numéro 59