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Ingrid Labuzan

Investissez avant le blackout électrique

Par Ingrid Labuzan, le 17 décembre 2009

D’un coup, l’obscurité est tombée. Il y a quelques semaines, 50 millions de Brésiliens se sont retrouvés plongés dans le noir à la suite d’une coupure d’électricité. Soit un quart de la population du pays. Le blackout serait dû à une tempête qui a endommagé le plus grand barrage hydroélectrique du pays.

Ces pannes géantes guettent plusieurs pays majeurs du monde, parmi lesquels se trouvent l’Inde, mais aussi la France et les Etats-Unis. Et de telles pannes ne seraient pas seulement dues aux aléas de la météo, mais révéleraient un véritable problème relatif aux infrastructures électriques.

L’électricité, nouvelle bataille des pays émergents
Au Brésil, l’approvisionnement en électricité est devenu un enjeu politique, alors que 80% du courant du pays provient de barrages hydroélectriques, sensibles à la sécheresse. Le rationnement de l’électricité imposé par l’ancien président Fernando Henrique Cardoso lui aurait d’ailleurs valu en partie son poste à l’élection de 2002. Crise ou non, l’amélioration du réseau est donc une priorité pour Lula.

Résultat : l’Aneel, le régulateur brésilien pour l’électricité, estime que ce marché est promis à une croissance annuelle de 4,5% au cours des années à venir. Une croissance qui sera, entre autres, alimentée par les réserves monétaires accumulées au cours du boom des matières premières.

Bien que la plupart des entreprises qui interviennent dans ce secteur soient publiques, ce dernier a toutefois tendance à s’ouvrir au privé. Les investisseurs amateurs du Brésil y trouveront un secteur où se placer, d’autant que les spécialistes s’attendent à ce que ces entreprises versent d’importants dividendes, car elles ne cessent de s’enrichir tout en réduisant leur endettement.

L’Inde est cet autre géant émergent pour lequel le courant est devenu un enjeu majeur. Elle afficherait un manque quotidien d’environ 10%. Un drame dans un pays où les températures peuvent monter très haut et où même les quartiers d’affaires ne sont pas épargnés par les pannes d’alimentation, mettant en péril les activités des entreprises. Quant aux centrales et autres sources d’approvisionnement, elles font face à des pertes de 40%. L’acheminement de l’électricité n’est pas assuré, tant les branchements illégaux viennent se greffer sur les lignes.

Le décalage se creuse donc entre le décollage économique indien et les infrastructures nécessaires à sa poursuite. Les experts estiment que 400 millions d’Indiens vivent sans électricité. Le potentiel de croissance de ce secteur est donc gigantesque, d’autant que le gouvernement a décidé de lui accorder une place de choix dans son budget.

Selon le dernier programme budgétaire établi, la totalité de la population du pays devrait avoir l’électricité d’ici à 2012. S’il s’agit sûrement d’une mission impossible, cela laisse toutefois entrevoir à quel point ce secteur est appelé à croître.

Un mal qui touche aussi les pays développés
La France, forte de son parc nucléaire, pensait être à l’abri. Pourtant, il n’en est rien et, cet hiver, nous allons sans doute devoir importer de l’électricité si tout le monde veut pouvoir se chauffer correctement. En cas de "froid intense et durable", Réseau de transport d’électricité (RTE) a prévenu que nous pourrions subir des coupures de courant. Le problème : la maintenance du parc nucléaire, qui nécessite la mise à l’arrêt de centrales. La production serait donc insuffisante pour l’hiver.

De plus, les pics de consommation ne feront qu’augmenter au fil des ans, avec le développement des chauffages électriques ou autres pompes à chaleur. Sans compter l’arrivée prochaine des voitures électriques. Pour RTE, "2015 apparaît comme un horizon critique". Des investissements doivent donc être rapidement réalisés.

Aux Etats-Unis, l’urgence est encore plus pressante. En 2003, une interruption d’alimentation a plongé 50 millions de personnes dans le noir. De telles pannes ne sont donc pas l’apanage des pays émergents. Les Etats-Unis souffrent d’un système vétuste, qui n’a pas été amélioré depuis vingt ans. La distribution actuelle se fait en continu, sans tenir compte des besoins à la hausse ou à la baisse, ce qui entraîne pertes ou coupures. Des défauts qui coûtent la bagatelle de 120 milliards de dollars par an aux entreprises américaines, selon le North American Electric Reliability Council (Nerc).

Tout le réseau américain doit donc être modernisé, afin de devenir "intelligent" et s’adapter aux besoins. Une obligation d’autant plus pressante que la demande en électricité devrait augmenter de 45% d’ici à 2025, selon le Nerc. Barack Obama, qui a décidé de s’atteler à la tâche, a attribué 4,5 milliards de dollars de son plan de stimulus économique à la modernisation du réseau de distribution d’électricité. Un pactole dont vont profiter les entreprises du secteur.

Première parution le 26 novembre dans MoneyWeek numéro 59

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