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Par Simone Wapler, le 9 novembre 2009
Le cours d’une action augmente lorsque les bénéfices d’une entreprise progressent. Ces mêmes bénéfices sont également garants d’éventuels dividendes. Mais comment mesure-t-on ces bénéfices ? Les comptes d’exploitation regorgent d’expressions qui utilisent les mots bénéfice, résultat – ou, abusivement, l’anglicisme profit. Quel chiffre retenir et, surtout, quel est celui dont l’évolution est la plus importante ?
L’excédent brut d’exploitation (gross operating profit)
Pour la plupart des métiers – sauf les services financiers, qui présentent différemment leur comptabilité –, l’excédent brut d’exploitation est une donnée vitale.
Il s’agit du chiffre d’affaires des ventes diminué des coûts opérationnels. Si les ventes s’élèvent à 300 millions d’euros et que le coût des biens ou des services vendus s’élève à 200 millions d’euros, alors l’excédent brut d’exploitation sera de 100 millions d’euros, donc la marge brute sera égale à 33%.
Si ce chiffre s’effondre brutalement, il peut y avoir deux raisons : l’entreprise sabre dans ses prix de vente, car la concurrence lui met le couteau sous la gorge, ou bien ses coûts d’approvisionnement ont brutalement augmenté. Dans les deux cas, ce n’est pas bon signe.
Le résultat d’exploitation (operating profit)
On retranche à l’excédent brut d’exploitation les frais généraux, c’est-à-dire les coûts indirects qui ne dépendent pas du chiffre d’affaires : salaires, loyers, coût des services généraux. Une marge robuste implique que l’entreprise gagne de l’argent avant d’avoir remboursé les intérêts de ses éventuelles dettes ou versé des dividendes. Est-ce mauvais signe si le résultat d’exploitation chute brutalement ? Cela dépend.
Comparons un fabricant de montres et un vendeur de T-shirts. Le premier vend 100 montres à 10 000 euros, avec une marge d’exploitation de 50% ; il dégage donc 0,5 millions d’euros de résultat d’exploitation. Le second vend 1 million de T-shirts à 10 euros, avec une marge de 5%. Il dégage également 0,5 millions d’euros de résultat d’exploitation. Mais supposons que la marge baisse de 3% dans les deux cas. Le résultat d’exploitation du fabricant de montres reculera à 470 000 euros. Celui du vendeur de T-shirts ne sera plus que de 200 000 euros.
L’évolution des marges opérationnelles est très importante à suivre dans le cas d’entreprises qui opèrent dans des secteurs à forts volumes et à faibles marges comme l’alimentation ou l’habillement.
Méfiez-vous des éléments exceptionnels
Les directions s’accordent à dire que les actionnaires ne doivent pas se soucier d’une baisse occasionnelle des résultats. Les règles comptables permettent de ne pas incorporer certaines dépenses au résultat d’exploitation : coûts de restructuration, baisse de la valeur des actifs ou pertes à la suite de leurs ventes. Ainsi, le résultat d’exploitation devient un "résultat avant mauvaises surprises".
Pourtant, la restructuration fait partie de la vie normale d’une entreprise. Certains secteurs comme les télécoms y recourent en permanence, simplement pour survivre. Cela n’a rien d’exceptionnel. Quant à la dévaluation exceptionnelle de certains actifs, combien d’entre nous pourraient emprunter 100 000 euros, les investir dans un bien qui se dévalorise, puis dire à son banquier d’ignorer cette erreur ponctuelle ? Utilisez votre bon sens pour déterminer si ce que la direction vous qualifie d’exceptionnel entre réellement dans ce cas.
Ebitda et excédent brut d’exploitation
Un mot étrange qui signifie earnings before interest, taxes, depreciation and amortization, soit, en français, résultat avant paiement des intérêts, des impôts, de la dépréciation et des amortissements. Les deux derniers termes reflètent l’usure de l’outil de production ou des actifs.
L’Ebitda est flatteur pour les directions et, d’ailleurs, les rémunérations y sont souvent raccrochées. Avant la crise, il était facile d’emprunter pour rénover ou développer son outil de production. Maintenant, la donne a changé ; même si les taux sont bas, les banques n’ont plus le prêt facile. Donc, il devient plus coûteux de rénover son outil de production. Et que dire des dépréciations liées à une croissance externe hasardeuse…
Les bénéfices non distribués (retained profits)
Les bénéfices non distribués sont ce qui reste une fois que tous les coûts ont été retranchés. Ils constituent le matelas pour préparer l’avenir. C’est un chiffre important car il est sujet à manipulation. Une entreprise peut se servir des bénéfices non distribués par le passé pour payer des dividendes.
Vérifiez toujours le taux de distribution – quelle proportion des bénéfices de cette année a été versée sous forme de dividendes. Un taux de distribution trop élevé peut ne pas durer. Ensuite, vérifiez le cumul des bénéfices non distribués : le plus, le mieux !
Première parution le 15 octobre dans MoneyWekk numéro 53