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Par Chloé Consigny, le 17 novembre 2009
Ils ont finalement dit oui. A 67%, les Irlandais se sont prononcés en faveur du traité de Lisbonne. Celui-là même qu’ils avaient rejeté quinze mois auparavant. Bien sûr, ils ne sont ni les derniers, ni les premiers à changer d’avis, mais on peut s’interroger sur les raisons de ce revirement soudain.
Faut-il y voir, comme le disent certains analystes, une conséquence de la crise ? Bien sûr, l’Europe a concédé toute une série de "garanties", afin de faire pencher la balance vers le oui. Ces garanties, qui concernent la fiscalité, la politique intérieure et la défense ont sans conteste permis de remporter l’adhésion des Irlandais les plus eurosceptiques, mais pas seulement.
Plus d’un an après le non, la crise est manifestement passée par-là. Frileux, les Irlandais ont préféré se placer sous la houlette de l’Europe. En clair, si, en juin 2008, l’Europe était considérée comme une machine inutile et coûteuse, les Irlandais, qui représentent moins de 1% de la population de l’Europe des Vingt-Sept, ont aujourd’hui révisé leur copie. Il faut dire que l’Irlande a été, et continue d’être, très fortement touchée par la crise.
C’est sans conteste l’un des pays les plus violemment éprouvés d’Europe. Il y a moins de deux ans, l’île, du fait de la vigueur de son économie, était surnommée le "tigre celtique". Aujourd’hui, le pays est en récession. Avec un produit intérieur brut en recul de 7,2% en 2009, les analystes estiment que la sortie de récession ne devrait pas avoir lieu avant le troisième trimestre 2010.
Parmi les secteurs les plus touchés, l’immobilier. Une récente étude réalisée par Fitch, et mentionnée par le Irish Times, montre que la reprise est encore loin. Pour l’heure, la baisse de l’immobilier en Irlande est de 24%. Selon cette étude, les prix de l’immobilier devraient encore reculer, jusqu’à atteindre un repli de 45% par rapport à leur plus haut niveau atteint en décembre 2006.
15% de chômage en 2010
La situation de l’emploi devrait également mettre du temps à revenir à la normale. Les analystes prévoient un taux de chômage de 15% pour l’année 2010. A cela s’ajoute un euro de plus en plus fort, qui pèse sur le commerce extérieur, notamment sur les exportations du pays.
Faute de financement, le niveau des investissements devrait encore reculer de 15% en 2010, contre 30% en 2009, selon les chiffres avancés par l’organisme de statistique irlandais, The Economic and Social Research Institute (ESRI) . Le gouvernement irlandais a dû mettre la main à la poche pour venir au secours des banques et des organismes immobiliers.
Dès septembre 2008, pour éviter que le pays ne plonge dans un marasme économique total, les dirigeants ont opté pour la garantie gouvernementale illimitée des dépôts bancaires en engageant 400 milliards d’euros. L’Etat irlandais est également venu à la rescousse des promoteurs immobiliers.
Le déficit public atteint également des records : actuellement à 11% du PIB, il pourrait encore se creuser en 2010 et atteindre 13% selon l’ESRI. Pour rappel, début 2007, le déficit était quasiment nul en Irlande. Aujourd’hui, l’île est bien loin des 3% fixés par le pacte de stabilité européen. Ses voisins européens affichent des scores guère plus réjouissants.
En Grande-Bretagne et en France, le déficit public atteint des sommets. En Bourse, l’indice de référence irlandais, l’Iseq 20, qui regroupe les vingt plus importantes capitalisations boursières du pays, a atteint son plus-bas en mars. Depuis, l’indice a repris près de 50%, comme la plupart des autres indices européens. Reste à savoir combien de temps ce rebond pourra durer s’il n’est pas adossé à une réelle reprise de l’économie.
Première parution le 22 octobre dans MoneyWeek numéro 54