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Par Camille-Yihua Chen, le 24 novembre 2009
Vous investissez dans le secteur sidérurgique ? Les négociations sur le prix du fer qui vont bientôt commencer – matière indispensable à la fabrication de l’acier – pourront avoir un impact direct sur votre portefeuille. En effet, plus la production d’acier est importante, plus la demande de fer reste soutenue et plus le potentiel de rentabilité de votre investissement demeure élevé. Dans le cas contraire, vous pouvez imaginer la suite… Que va-t-il alors se passer sur les marchés sidérurgique et ferreux ?
Un prix hors marché
Comme vous le savez sans doute, pour nombre de matières premières, les cours évoluent au gré des transactions sur les marchés (marché spot et marché à terme). Mais, pour le fer, les choses se passent différemment : d’un côté, il y a le prix du marché spot et, de l’autre, le prix fixé lors des négociations qui se tiennent une fois par an entre fabricants d’acier et producteurs de fer.
Or, à l’instar des négociations de 2009, celles de 2010 s’annoncent très difficiles. Et pour cause : les fabricants d’acier – en particulier la Chine, premier importateur de fer – réclament une baisse significative du prix du métal ferreux, tandis que les producteurs de fer, notamment Rio Tinto et BHP Billiton, veulent obtenir une hausse du prix de 30 à 35%. La position de la Chine repose sur trois arguments.
Tout d’abord, l’offre en matière de minerais de fer continuera à excéder la demande en 2010. "Notamment parce que, en Europe et aux Etats-Unis, en raison de la crise qui n’est pas terminée, la production d’acier restera au-dessous de son rythme habituel. Quant à notre pays, sa production d’acier n’augmentera que de 5% l’année prochaine", déclare l’Association sidérurgiste chinoise (Cisa).
Ensuite, du fait qu’elle s’impose comme le premier marché mondial du fer (1), la Chine devrait bénéficier d’un prix d’achat préférentiel. Enfin, une hausse importante du prix du fer risque de provoquer la faillite d’un nombre important de sidérurgistes chinois, déjà déficitaires. Mais, pour les producteurs de fer, les raisons d’augmenter le prix ne manquent pas.
Ainsi évoquent-ils la perspective d’une sortie de crise au niveau mondial, la vigueur de la demande de la sidérurgie chinoise, une légère remontée du rythme de la production sidérurgique européenne et américaine. Sans oublier le rebond des matières premières comme le pétrole et le cuivre. "En essayant d’obtenir une hausse de 30 à 35% du prix du fer, les groupes miniers espèrent aussi compenser la baisse de 33% qu’ils ont concédée aux sidérurgistes japonais et sud-coréens lors des négociations de 2009", commente le China Securities News.
Une hausse limitée en 2010
Qui, des sidérurgistes chinois ou des producteurs d’acier, sortira gagnant des prochaines négociations ? Interrogé par MoneyWeek, un économiste chinois estime faibles les chances de succès de la Chine. "Même s’il parle d’un excédent de l’offre et d’une surcapacité de production de la sidérurgie chinoise, notre pays semble oublier que son plan de relance, qui mise essentiellement sur les investissements d’infrastructures, a déjà envoyé un signal clair au monde entier : la Chine doit continuer à produire de l’acier, donc à importer du fer (2), ce qui ne devrait pas lui faciliter la tâche lors des négociations", analyse-t-il.
De notre point de vue, trois issues sont possibles. Soit la Chine acceptera sans condition la demande des producteurs de fer, ce qui nous semble peu probable. Soit elle quittera la table des négociations pour se tourner vers le marché spot – cela devrait provoquer des spéculations à la hausse sur le cours du fer. Soit, enfin, les deux parties parviendront à une hausse raisonnable des prix, de l’ordre de 10 à 20%.
Quoi qu’il ressorte des discussions, nous prévoyons une progression positive, mais limitée, des prix du fer et de l’acier pour 2010, en raison notamment de l’effet d’entraînement du plan de relance chinois et de l’Exposition universelle de Shanghai (3).
1. Les importations chinoises de minerais ferreux par voie maritime représentent 60% du total mondial (source : douanes chinoises).
2. Les importations chinoises de fer ont atteint 469 millions de tonnes au cours des neuf premiers mois de l’année, soit 36% de plus qu’en 2008 à la même période (source : douanes chinoises).
3. L’ouverture est prévue au printemps 2010.
Première parution le 29 octobre dans MoneyWeek numéro 55