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La fortune sourit aux audacieux. A investissement pépère, rémunération faiblarde : 1% pour le Livret A. A prise de risque plus grande, rémunération plus alléchante : au moins 10% pour une obligation d’entreprise dont l’émetteur est mal noté. D’autres supports d’investissement proposent des gains élevés et rapides. Jusqu’à très récemment, ces produits structurés étaient inconnus du grand public.
La crise a même cloué au pilori nombre d’entre eux. Pourtant, plusieurs renaissent de leurs cendres et sont proposés aux investisseurs particuliers. C’est dire si les temps ont changé et s’il faut être prudent. En septembre, bienprevoir.fr, courtier en ligne, proposait une offre avec un coupon garanti de 8,4% et une échéance de six mois. Court terme et rendement élevé, un couple rare !
Autre atout : "Le capital est garanti à 100%, à condition que…" C’est là que les choses se corsent et que l’investisseur, appâté, découvre le monde des produits structurés. Le produit de bienprevoir.fr appartient à la catégorie des reverse convertible, dans le jargon. Avec son coupon et son échéance, il a tout l’air d’une obligation, sans en être. Il est plus dangereux qu’une obligation, qui rémunère son porteur et est remboursée à l’échéance, sauf en cas de faillite de son émetteur.
Le reverse convertible, en suivant l’évolution d’un actif sous-jacent, une action, fait porter un risque action à son détenteur. Dans notre exemple, le produit est adossé à un panier d’actions, en l’occurrence General Electric, Bank of America et Dell. Pour pousser le vice, mais sans aller plus loin dans la cuisine interne, son nom technique exact est worst of basket reverse convertible. Par worst, pire, comprenez que l’avenir de ce panier – donc de la mise de son détenteur – est lié à l’évolution de chacune des actions qui le composent et, surtout, de la moins performante. L’évolution de votre reverse convertible peut suivre trois scénarios.
Scénario 1 : peut mieux faire
Les marchés actions se portent bien : les valeurs du panier s’apprécient. A l’échéance, vous récupérez l’intégralité de votre mise et recevez le coupon promis de 8,4% (moins les frais). Mais vous ne verrez jamais la couleur de la performance réalisée par ces actions, qu’elles aient grimpé de 5 ou de 50%. En achetant les actions en direct, vous auriez peut-être pu engranger de meilleurs gains.
Scénario 2 : léger gain
Les marchés actions évoluent en dents de scie. Le 2 avril 2010, jour de liquidation, vous prenez acte de la performance de chacune des actions – peu importe leur parcours au cours des six derniers mois. Imaginons que l’une ait été stable, que l’autre ait perdu 13% et que la dernière ait grappillé 2%. Les conditions de la reverse convertible ont été respectées : aucune ne s’est effondrée d’au moins 31,5%. Vous récupérez 100% de votre investissement et recevez le coupon de 8,4%. Vous n’avez rien à regretter – il est fort probable que votre gain soit meilleur que celui que vous auriez pu réaliser en achetant indépendamment chaque action.
Scénario 3 : catastrophe
En revanche, si au moins une des actions du panier affiche, le jour de la liquidation, une chute d’au moins 31,5%, vous pourrez dire adieu à une bonne partie de votre argent. Si, le 2 avril, Dell est en baisse de 50% sur six mois, votre investissement (10 000 euros au minimum) sera amputé de ces 50%. Vous ne reverrez que 5 000 euros. Qu’importe que General Electric ou Bank of America, ou les deux, s’en sorte mieux, voire soit dans le vert.
Chez bienprevoir.fr, votre capital vous sera rendu en argent. Vous pourriez également recevoir votre dû en actions et n’avoir plus qu’à espérer qu’elles remontent. Maigre compensation : le coupon garanti, qui risque toutefois de ne pas gommer votre perte. Pas d’investissement sur ce type de produits sans une bonne compréhension de leurs risques, insiste Vincent Cudkowicz, directeur général de bienprevoir.fr. D’autant plus que ces produits restent rares en France, bien plus que chez nos voisins, allemands ou suisses.
Avec les reverse convertible, le risque de perte sèche sur votre capital est très grand. Seul le coupon est garanti. L’échéance relativement courte de ces produits, de trois à douze mois – bienprevoir.fr a lancé une nouvelle offre d’une durée d’un an, avec versement de coupons trimestriels de 3,2% et adossée à Veolia, Saint-Gobain et GDF Suez –, peut être plus pénalisante que protectrice en période de marchés heurtés. Le scénario boursier le plus favorable à ce type de produits est celui d’une relative stabilité des marchés. Ce qui est loin d’être le cas actuellement.
Première parution le 29 octobre dans MoneyWeek numéro 55