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Par Pierre Tenaud, le 30 novembre 2009
Pour l’instant, en France, seuls la Française des jeux (FDJ) et le PMU sont autorisés à proposer des jeux en ligne. Mais le marché va bientôt s’ouvrir. Des milliers de joueurs n’ont cependant pas attendu la légalisation et se sont lancés dans les paris sur Internet par le biais de sites considérés comme illégaux. Ils ont ainsi pu jouer au poker ou parier sur des matchs de tennis, des services que ne proposent pas les deux champions français des jeux d’argent.
Légiférer et faire respecter la loi sur Internet sont des exercices complexes, et les pouvoirs publics n’ont jamais pu entraver le succès des sites de jeux en ligne. Alors, plutôt que de se battre contre des moulins à vent, le gouvernement a décidé de mettre en place une autre stratégie. Poussé par la Commission européenne, qui refuse de voir le duopole de la FDJ et du PMU se prolonger, Eric Woerth, ministre du Budget, a ainsi présenté une loi sur l’ouverture du marché des jeux en ligne, permettant à des acteurs privés de se lancer légalement dans la course.
Une vraie aubaine pour les casinos illégaux qui devraient pouvoir enfin exercer leurs activités au grand jour. Ils vont ainsi être libres de faire de la publicité en toute tranquillité, et les clients potentiels seront d’autant plus rassurés sur leurs possibilités de recevoir leur gain que l’activité sera enfin encadrée. Les spécialistes s’attendent donc à une croissance jamais vue du nombre de joueurs sur Internet. Pourtant, cela ne satisfait pas les casinotiers en ligne. "Plusieurs amendements renforcent les restrictions contre les nouveaux entrants européens potentiels et consolident encore plus la position des opérateurs historiques, PMU et Française des jeux", s’indigne ainsi l’Association européenne des paris et jeux en ligne (Egba).
Pas forcément une aubaine
En effet, pour pouvoir devenir légaux, les casinos en ligne, actuellement illégaux, doivent fermer tous les comptes de leurs joueurs. Ces derniers devront en ouvrir de nouveaux, ce qui pourrait occasionner un véritable exode. Surtout, aux yeux des postulants à une licence, cela constitue une distorsion de la concurrence, car la FDJ et le PMU n’auront pas à suivre cette règle. Selon certaines interprétations de la loi, les sites de jeux en ligne doivent limiter l’accès aux seuls joueurs français, afin de favoriser la taxation.
Fini, donc, les salles de poker internationales. Pour être légales, les salles devront être exclusivement françaises. Pour les joueurs de poker, cela signifie qu’ils ne pourront plus affronter les joueurs étrangers. Une restriction qui risque de faire fuir les gros joueurs, qui n’ont pas l’intention de renoncer à engager des sommes importantes contre les nombreux Américains fortunés en quête de sensations fortes qui peuplent les sites de jeux en ligne.
Or, sans ces joueurs, qui jouent de véritables fortunes, ces casinos perdront leurs poules aux oeufs d’or. C’est lors de ces parties que le rake (le prélèvement du casino) est le plus rentable. Devenir légal signifie donc pour beaucoup de sites de poker en ligne dire adieu à leur clientèle favorite, celle qui attire les jeunes joueurs curieux et donne du glamour aux rooms (salles de poker en ligne). Celles-ci sont prêtes à dépenser des fortunes en contrats de sponsoring pour attirer ceux qui sont devenus des stars dans le microcosme de plus en plus large du poker. Avec ces stars viennent tout un tas de joueurs qui ne rêvent que de les affronter.
Le poker est un des seuls jeux au cours desquels un joueur anonyme peut affronter un professionnel et a même une chance de gagner. C’est ce qui a fait son succès, et c’est là-dessus que les salles de jeux en ligne veulent miser. Sans ces gros poissons, une quantité de petits miseurs ne viendra plus dépenser son argent dans les casinos en ligne. L’afflux de nouveaux joueurs en quête de cadre légal sera ainsi perdu.
La Française des jeux, grande gagnante
Pis, ces nouveaux joueurs préféreront certainement le cadre rassurant de la Française des jeux. Le bilan des salles de jeux pourrait donc être négatif. Paradoxalement, l’ouverture du marché des jeux en ligne pourrait surtout avantager le monopole en place. Ce n’est donc sans doute pas un bon thème d’investissement que de miser sur les casinos en ligne cotés en Bourse
Eric Woerth, qui prévoyait la mise en application de la loi pour janvier, a finalement repoussé l’échéance à juin 2010, se fixant comme limite la prochaine Coupe du monde de football qui se déroulera en Afrique du Sud l’été prochain, le temps de mettre en place le cadre technique propice au respect de la loi et du prélèvement des taxes. Une course contre la montre s’est donc engagée. On prend les paris ?
Première parution le 29 octobre dans MoneyWeek numéro 55