Vie quotidienne

Faux et copie : suivez le guide

Par La Rédaction de MoneyWeek, le 30 octobre 2009

Le faux et la copie sont intimement liés au commerce de l’art. Mais qu’entend-on par faux ou copie ? Sur le plan pénal, la nuance est bien définie. C’est l’intention qui détermine la tromperie. Donc, le faux réside dans "l’intention frauduleuse" et non dans l’imitation elle-même.

Depuis l’Antiquité, les faussaires savent répondre à l’attente du marché de l’art spéculatif, suivant les exigences et les tendances, mais aussi faire croire à la bonne affaire. Des chefs-d’oeuvre de l’art grec allaient ainsi être plagiés et vendus comme authentiques aux riches patriciens romains. Michel-Ange, dans sa jeunesse, berna un cardinal en lui vendant pour une oeuvre antique une statuette qu’il venait de réaliser.

L’histoire de l’art a connu des faussaires de grand talent, qui ont atteint la perfection : Fernand Legros, David Stein, mais, surtout, Han Van Meegeren, considéré comme le plus grand faussaire du xxe siècle pour ses faux Vermeer. Les oeuvres sur papier sont particulièrement touchées par la contrefaçon. Grâce à l’évolution technologique, les techniques de reproduction sont de plus en plus faciles.

C’est ainsi que de faux dessins de Matisse, parés de faux cachets d’ateliers, abondent sur le marché. Grâce au commerce électronique, notamment avec eBay, nous pouvons voir quotidiennement des oeuvres "originales", signées de Picasso, vendues à moins de 800 euros avec de prétendus certificats d’authenticité. La réalité du marché est tout autre.

Au cours des quatre derniers mois, lors de ventes pub liques, trois dessins de Picasso se sont négociés entre 93 000 et 105 000 euros.

Des petits mots dont il faut se méfier
Quand vous voyez des mots tels que : "signé de", "dans le goût de", "attribué à", "à la manière de", "genre de", "d’après" et, enfin, "dans le style", faites très attention. Les marchands ont l’obligation de délivrer une facture, un bordereau de vente ou bien un extrait de procès-verbal, précis et détaillé.

Afin d’éviter tout litige préjudiciable à l’acquéreur, un décret du 3 mars 1981 a défini les mentions légales des certificats d’authenticité et du descriptif des oeuvres. La mention "attribué à" atteste l’époque mais, surtout, offre une sérieuse présomption que l’oeuvre soit véritablement de l’artiste.

Elle vise plus particulièrement les oeuvres anciennes, souvent non signées. Les seules mentions qui indiquent qu’une oeuvre – signée ou non – est authentique sont : "de" ou "par". Tous ces termes employés par un vendeur sur Internet ou une maison de ventes n’engagent pas les mêmes responsabilités.

La législation relative au faux et à l’usage de faux est très précise et extrêmement sévère. Les peines encourues vont de 15 000 à 100 000 euros d’amende et jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Un Van Gogh pour 300 euros en quatre semaines
La reproduction ou l’imitation d’une oeuvre existante n’est pas illégale, si elle est vendue en tant que telle. Depuis toujours, de nombreux artistes s’exercent à copier les oeuvres de grands maîtres : ils ne sont pas faussaires pour autant – Raphaël a peint de faux Pérugin, Fragonard accepta que sa bellesoeur le copie. Corot, en son temps, a corrigé et signé un grand nombre de tableaux réalisés par ses élèves, qui se formaient en copiant ses oeuvres.

Les historiens de l’art se plaisent à dire : "Corot a peint 3 000 tableaux dont au moins 20 000 sont aux Etats-Unis." La copie "légale" est aussi une discipline en plein essor. Hormis quelques grands copistes réputés, le marché chinois pratique quant à lui des prix imbattables.

Ainsi, il devient possible de commander une véritable huile sur toile d’après Van Gogh à 300 euros, avec un délai de quatre à huit semaines. Il en va de même pour l’estampe contemporaine. Ainsi, des reproductions "parfaites" des Marilyn de Warhol circulent depuis plusieurs années, souvent sans la mention obligatoire "d’après Andy Warhol" ; pourtant, elles se négocient bien au-delà de leur valeur réelle.

La législation dans ce domaine est assez simple. Un artiste tombe dans le domaine public soixante-dix ans après sa mort. Dans le cas contraire, une demande de droit est obligatoire auprès de l’ADAGP, qui représente environ 80 000 auteurs. Elle accorde, ou non, l’autorisation de reproduction, et le montant des droits à verser varie en fonction de la notoriété de l’artiste ou des ayants droit.

En définitive, les grands noms de l’art seront toujours convoités par les acheteurs et feront toujours les choux gras des faussaires. Il importe d’accorder sa confiance à des professionnels reconnus. Certes, eux-mêmes ne sont pas à l’abri d’une erreur, mais ils possèdent des assurances professionnelles qui garan tissent vos achats. A vous aussi de cultiver votre lucidité et d’éduquer votre oeil. Quant à la copie "légale", elle vous offre la possibilité de vivre avec une toile de maître à moindre coût.

Guilhem Nave

Première parution le 1er octobre dans MoneyWeek numéro51

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