Matières premières

Simone Wapler

Trois arguments pour une hausse de l’or

Par Simone Wapler, le 13 août 2009

3 arguments pour une hausse de l’or

Nous pensons que la tendance haussière est loin d’être brisée pour trois raisons principales. Mais, avant de les détailler, il faut admettre un postulat : le désordre monétaire mondial est tel que l’or va se remonétiser et apparaîtra comme le seul étalon de mesure fiable de la dérive des monnaies fiduciaires. Jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre.

- Aucune des raisons qui ont propulsé l’or jusqu’à 1 000 dollars n’a disparu
L’argument peut-être le plus évident pour une poursuite de la hausse est que les raisons qui, en moins de quatre ans, ont poussé l’or de 400 à 930 $ l’once subsistent. Le réveil de l’or a commencé aux Etats-Unis. Les Américains se méfient de leur propre monnaie. Les attentats de septembre 2001, qui s’ajoutaient au krach de la bulle des nouvelles technologies, ont montré la vulnérabilité de leur propre économie, donc du dollar. La baisse des taux de la banque centrale pour relancer la machine a accru cette méfiance. La hausse des taux, après le gonflement de la bulle immobilière, a conduit au désastre actuel. De 2001 à ce jour, les Américains n’ont pas cessé d’accumuler de l’or à titre de couverture contre leur propre monnaie. Ils ont moins confiance dans leur propre monnaie fiduciaire que les étrangers. Le SPDR Gold Shares ETF (l’émetteur de certificats dont nous avons parlé plus haut) détient autant d’or que la Banque suisse.

- La crise financière, loin d’être résorbée, va s’aggraver Où en sommes-nous aujourd’hui après une série de faillites et de nationalisations – Bear Stearns, Lehman Brothers, Fannie Mae, Freddie Mac, AIG, General Motors, etc. ? Les dettes se sont déplacées, mais ne sont pas purgées. Aux Etats-Unis, l’Etat fédéral a endossé une partie des dettes des ménages, renfloué banques et compagnies d’assurance, aggravé son déficit en instaurant des plans de relance. En Europe, les gouvernements ont aussi alourdi leur s déficits, jetant aux orties les critères de Maastricht. Les taux directeurs sont nuls, l’argent ne coûte pas cher. Mais les banques ne prêtent pas, faute d’emprunteurs solvables. La dernière expérience a été tentée : l’impression directe de papier-monnaie par les banques centrales, mesures non conventionnelles en jargon technocratique. Mais la machine économique ne redémarre pas. L’Islande a fait faillite. L’Irlande, l’Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne, la Californie : autant d’Etats en très grande difficulté. Le commerce mondial est en panne. La crise actuelle est plus grave que celle de 19292 au vu de la chute de la production industrielle mondiale et des cours de Bourse (qui ne sont que l’anticipation des résultats futurs des entreprises). Le taux de chômage dans les pays de l’OCDE a dépassé 8,3%, niveau comparable à celui de la Grande Dépression si l’on appliquait les mêmes critères de mesure. Tous les signaux pointent non pas vers une amélioration mais vers une aggravation. L’agence de notation Moody’s s’attend à une flambée des taux de défaillance en Europe au quatrième trimestre. Outre-Atlantique, le taux de défaut est passé de 2,4 à 11% en un an et devrait dépasser 12% en fin d’année. En Europe, ce taux est passé de moins de 1% à 5,6% en un an et devrait atteindre 15%.

- L’or est un antidollar Le monde développé réalise avec stupeur que l’endettement ne fait pas la croissance et que la monnaie dans laquelle se nouent les échanges mondiaux, celle qui sert de réserve principale à la plupart des banques centrales, n’est plus adossée qu’à une montagne monstrueuse de dettes. "A minima, c’est 15 milliards de dollars par jour ouvrable que le gouvernement américain devra trouver sur le marché, et ce jusqu’à la fin de l’année. Qui va financer un tel déficit budgétaire ? commente Eberhardt Unger3. Depuis 2001, le stock de bons du Trésor détenu par les nonrésidents est passé de 1 000 à 3 300 milliards de dollars… Si les investisseurs étrangers font défaut, il ne restera plus que la Fed pour sauver le système et, pour elle, la faiblesse du dollar… n’est pas un problème." Aucune monnaie n’est encore prête à prendre la relève du dollar, ni le yuan, ni l’euro, ni les DTS (droits de tirage spéciaux du FMI). L’or est une monnaie pour beaucoup de pays qui ne croient pas aux vertus des systèmes fiduciaires. L’étalon monétaire mondial, le dollar, est au bord de la faillite. L’or est un antidollar. Donc, l’or monte et continuera à monter. C’est simple, trop simple ? Si vous appréciez les choses simples, pariez donc sur l’or sous toutes ses formes. L’or physique, pour vous protéger, l’or papier pour spéculer, le business de l’or – la mine – pour investir.

Première parution le 23 juillet dans Moneyweek numéro 43

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