Matières premières

Simone Wapler

Achetez de l’or, l’antidollar par excellence

Par Simone Wapler, le 13 août 2009

Certains pensent que l’or a touché son sommet à plus de 1 000 dollars l’once (1 033,90 exactement durant la panique de mars), que la relique barbare n’a plus d’avenir et qu’il convient d’encaisser ses plus-values. Au contraire, nous croyons que la situation actuelle n’est qu’une pause dans un marché haussier qui entraînera l’or à plus de 3 000 dollars l’once (2 000 euros). Dans cette hypothèse, le recul estival offre un excellent point d’entrée pour les convertis de fraîche date.

Les 4 arguments des baissiers

- L’inflation. Le premier catalyseur d’une hausse des cours de l’or pointe aux abonnés absents. Cet argument est probablement le plus solide. Le développement de la crise financière donne même lieu à une baisse des prix. Ainsi, aux Etats-Unis, l’indice annuel des prix à la consommation affiche un recul de plus de 1% (– 1,3% en mai). En Europe, l’indice de la zone euro est également négatif : – 0,1%. Sans surprise, les pays dans lesquels l’inflation baisse le plus sont aussi les plus touchés par la crise : Irlande, Espagne, Portugal, Autriche. La Banque centrale européenne prévoit une hausse des prix à la consommation de 0,3% cette année et de 1% en 2010. Les cours du pétrole, donc de l’énergie, ont baissé. Les grands distributeurs comme Carrefour, Royal Ahold ou Tesco baissent leurs prix, afin de ranimer la demande de consommateurs qui se serrent la ceinture. La peur du chômage étreint les Européens et même les Américains, anciens champions de la consommation à crédit. Les niveaux de chômage sont tels que le marché de l’emploi est en profond déséquilibre, et l’heure est au recul des salaires. "Dans les deux années qui viennent, l’inflation ne représentera pas un danger dans la zone euro ou aux Etats-Unis – la récession impose une pression baissière sur les prix", résume Martin van Vliet, économiste d’ING à Amsterdam. Donc, le réveil de l’or en tant que rempart contre l’inflation n’est pas pour demain et la relique barbare risque bien de nous jouer la Belle au bois Dormant.

- La spéculation devient fiévreuse. En principe, lorsqu’un marché commence à attirer le grand public, c’est qu’il est dans sa dernière phase de hausse et qu’il est grand-temps pour les sages d’en sortir. Quand tout le monde joue du même côté d’un marché, cela signifie qu’il est à son sommet et que le point de retournement est très proche. Pour tout bon contrarien, "quand tout le monde pense la même chose, c’est que personne ne pense". L’argument de la fièvre spéculative doit donc être pris très au sérieux. Des gérants de fonds spéculatifs restent aujourd’hui massivement investis sur l’or. Aux Etats-Unis, Northwestern Mutual Life Insurance Co. a annoncé avoir pris une position de 400 millions de dollars dans l’or, sa première position depuis cent cinquante-deux ans, souligne notre collègue Louis Basanese, d’Investment U. L’Allemagne installe des distributeurs automatiques d’or dans ses gares et ses aéroports. La poste suisse distribue des grains d’or. Le plus important émetteur de certificats cotés – le SPDR Gold Shares ETF – détient maintenant 1 132 tonnes d’or en stock, soit plus que la banque centrale suisse. Les porteurs de certificats sont majoritairement des investisseurs particuliers.

- L’or entame sa mauvaise saison. Historiquement, l’été est une mauvaise saison pour l’or, dont les cours touchent des plus-bas en juin et juillet. Ensuite, les cours se redressent en raison de la préparation de la saison des mariages en Inde, qui se déroule en octobre et novembre. Dans ce pays, la confiance de la population dans la monnaie fiduciaire est très limitée. Les agriculteurs se hâtent donc de transformer en or le fruit de leur récolte et les mariées portent leur dot sur elles.

- L’analyse technique pointe vers une baisse des cours. Les tenants de l’analyse graphique n’en démordent pas et indiquent que tous les signaux convergent vers une consolidation – une baisse significative en jargon. Le cours de 915 dollars l’once est, selon eux, un support important, qui, s’il venait à être franchi à la baisse, pourrait entraîner le métal jaune vers 800 dollars l’once. Souhaitons que ces analystes aient raison. Car, alors, ce serait une fantastique opportunité pour se renforcer en or et traverser en toute sérénité cette crise, qui, loin de se résorber, se développe de façon inquiétante.  

Suites de l’article :
Pourquoi ces 4 arguments ne sont pas solides à long terme

3 arguments pour une hausse de l’or

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