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Simone Wapler

Euphorie suspecte sur les marchés actions

Par Simone Wapler, le 19 août 2009

Le dopage des marchés actions devient maintenant évident. Une seule question se pose : à quoi ? La réponse permettra de savoir combien de temps tout cela durera.

Dans des volumes en baisse de 30%, la plupart des grands indices se sont adjugé des hausses supérieures à 10% en trois semaines. On n’a jamais vu aucune hausse robuste sans volume. Pour certains, comme nos confrères Philippe Béchade et Marc Mayor (qui avancent des arguments chiffrés), c’est Goldman Sachs le grand manipulateur.

Force est de constater que la plupart des justifications avancées par les médias pour justifier la hausse sont un peu faibles. Certes, les résultats des entreprises financières – Goldman Sachs en tête – sont bons. Mais pour les entreprises de l’économie réelle, les perspectives sont bien différentes. L’examen des bons résultats montre que ceux-ci sont obtenus avec des réductions de coûts drastiques, accompagnées de diminutions d’effectifs, le tout avec un chiffre d’affaires au mieux stagnant. Et les patrons de ces entreprises cotées déclarent à l’unisson qu’ils n’ont aucune visibilité sur l’avenir.

Shanghai, première victime du délire euphorique
Même sans manipulation, L’Agefi Suisse s’inquiétait la semaine dernière : "De plus en plus de voix s’élèvent pour prévenir d’une correction sévère à Shanghai. La croissance des prêts bancaires inquiète les économistes." Là-bas, le rebond est de 80% depuis le début de l’année. En moyenne, les actions s’y paient 34 fois les bénéfices annuels, souligne le quotidien suisse.

L’explication se trouve dans les liquidités. Le plan de relance prévoyait des carottes fiscales et les vannes du crédit ont été largement ouvertes. Pour beaucoup de ménages chinois, la Bourse est un moyen de faire progresser leur pouvoir d’achat, et la spéculation va bon train.

La Russie enivrée par le pétrole
En Russie, le RTS et le Micex, les deux places de Moscou, sont également atteintes de frénésie. Le RTS est un indice boursier très étroitement corrélé au pétrole. Les poids lourds de la cote sont liés à l’industrie pétrolière. Le RTS s’adjuge plus de 60% depuis le début de l’année et 21% depuis le 13 juillet.

Retour sur terre, atterrissage forcé et krach
En toute logique, les cours de Bourse ne sont que l’anticipation des résultats futurs des entreprises. Les bénéfices de Caterpillar ont, eux, chuté de 66%. Caterpillar est un emblème de l’économie réelle. Cette entreprise "fabrique des choses qui aident d’autres entreprises à fabriquer des choses. Des choses avec des moteurs… des grosses choses… des choses qui font du bruit et de la fumée… des choses qu’on utilise pour creuser des trous et transporter de la terre… des choses dont on a besoin si on veut une vraie reprise économique. Malheureusement pour Cat, ces choses ne se vendent pas", nous indiquait Bill Bonner.

Ce qui fait surface sur toutes les places financières mondiales, c’est l’argent complaisamment imprimé à des fins de relance, d’autant plus que la banque centrale américaine a été très claire sur le fait que le relèvement des taux n’était pas pour demain. Faute de rémunération correcte, l’argent se dirige à nouveau vers les marchés actions.

Les Bourses sont dopées aux liquidités et aux taux bas. Si l’économie américaine entrevoyait la reprise, comme le titrait Le Figaro lundi 27 juillet, pourquoi le dollar serait-il aussi anémique ? Il a perdu 2,5% contre l’euro en trois semaines.

"Les investisseurs chinois, en particulier, sont trop optimistes quant à la demande des économies occidentales", prévient le Dr Van, CIO de la banque Julius Baer. Inversement, les Occidentaux croient naïvement qu’ils pourront vendre des biens manufacturés à une Chine locomotive de la croissance mondiale.

Profitez du rebond, mais n’en soyez pas dupes. Et si vous êtes arrivés trop tard, pariez sur la baisse prochaine des marchés asiatiques à l’aide d’un fonds bear. Au moins, vous profiterez ainsi de la rechute.  

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