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Par Ingrid Labuzan, le 10 juin 2009
"Je n’ai jamais été salarié", annonce d’emblée, avec un grand sourire, Dan Serfaty, fondateur de Viadeo… et de plusieurs autres entreprises. Le champion français de la mise en réseau de contacts professionnels sur le Net n’est pas arrivé là tout à fait par hasard. Il s’est frotté à divers types d’entrepreneuriat avant d’atteindre ce qu’il appelle "[son] expérience la plus excitante".
Après HEC – et un intermède en Italie qui lui a permis de devenir un pro du ski nautique et, surtout, de rencontrer sa femme –, Dan Serfaty achète sa première entreprise, dans le secteur du tourisme, pour 1 euro symbolique.
Pas cher, certes, mais la prise de risque est maximale car il s’engage alors à titre personnel à assumer également la moitié des dettes, soit 300 000 euros. Une épée de Damoclès qui l’a motivé, puisque, en deux ans, il a su redresser l’entreprise et la vendre à un groupe allemand. Voilà pour l’expérience difficile.
Sa société suivante lui permettra de connaître les joies d’une croissance régulière et d’une bonne rentabilité. Avec un ami, il se lance dans l’import-export de vêtements. "J’y ai passé presque dix ans. Cela m’a beaucoup amusé, mais ce n’était pas une entreprise patrimoniale. Sa valeur dépendait trop de notre personnalité. À la fin des années 1990, j’avais envie de deux choses : monter une entreprise patrimoniale et surfer sur la vague Internet." La chance est de son côté : son associé accepte de racheter ses parts.
Partie de cache-cache avec Internet
Après trois mois de réflexion et quelques idées sur Internet et l’art, dont il est grand amateur, ce n’est finalement pas la direction que Dan Serfaty va prendre.
"J’ai rencontré deux personnes qui m’ont entraîné vers un projet encore inconnu, dans le milieu de la finance : fonder un club d’entrepreneurs dans lequel ces derniers mutualiseraient une partie de leur capital." Pour faire simple, Agregator – toujours en pleine croissance – consiste en une sorte de pot commun entre entrepreneurs, dans lequel chacun touche une part quand l’un vend son entreprise. Un moyen pour les entrepreneurs de diluer un peu leurs risques, concentrés sur le succès de leur propre entreprise.
Pour Dan Serfaty, c’est un véritable saut dans un domaine très technique, du point de vue financier et juridique. Il réussit à obtenir un agrément de l’Autorité des marchés financiers. "C’est du capital-risque sans capital et sans risque", résume-t-il en riant.
"Avec Agregator, j’ai compris que lorsque deux entrepreneurs se rencontrent, ils ont deux sujets de conversation : ‘Qu’est-ce que tu me vends ou m’achètes ? Qui connais-tu ?’ L’idée était là : il fallait créer un outil, afin que les membres d’Agregator puissent mettre en commun leurs carnets d’adresses."
Rapidement, Dan Serfaty se demande pourquoi il ne mettrait pas un tel réseau à la disposition de tout le monde. Fin 2003, il tient son idée qui lui permet enfin de travailler sur le secteur dont il rêve : Internet. C’est la naissance de Viaduc, qui deviendra Viadeo, réseau social professionnel qui compte aujourd’hui 7 millions de membres.
Désormais, le moteur de Dan Serfaty n’est pas l’argent mais l’envie de voir jusqu’où il pourra pousser son dernier-né, qui a déjà fait ses premiers pas à l’étranger. "Nous sommes sur un marché qui explose et peut bouleverser l’Internet mondial. Pour la première fois, je sens que j’ai fait franchir un cap à mon entreprise, que j’ai en main les cartes pour en faire le numéro un mondial. Je veux devenir le Google de mon domaine." Et si ça ne marchait pas ? "S’il se trouvait que Viadeo ne reste qu’une belle entreprise française, alors je pourrais songer à la revendre. L’excitation ne serait plus la même."
Première parution le 30/04/09 dans le numéro 31 de MoneyWeek