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De quoi peuvent bien parler deux joueurs de rugby pendant l’échauffement ? Pas du jeu, apparemment. En courant autour du terrain, il y a plus de vingt ans, Christian Poyau, qui travaillait dans le conseil, et Thierry Létoffé, qui était chez Dassault Électronique, évoquent leurs envies d’indépendance. Conclusion de la discussion : il faut qu’ils créent leur propre entreprise. "J’avais des compétences en gestion et en finance et Thierry dans les systèmes d’information. C’était complémentaire, mais nous n’avions pas de réelle vision. Nous sommes partis la fleur au fusil ", se souvient Christian Poyau.
Deux décennies plus tard, tous deux sont toujours à la tête de la société qu’ils ont montée. " Mais j’ai quand même un parcours moins rectiligne qu’on ne le pense", juge Christian Poyau. Et pour cause, on est loin de la conception du chef d’entreprise qui ne quitte pas son bureau, et on ne parle pas là du fait qu’il est un grand amateur de voile et de rugby. Christian Poyau est un militant qui se bat pour changer l’image des dirigeants de PME, souvent écornée en France, et pour qu’on accorde plus de moyens à ces sociétés.
De fin 2001 à début 2004, Christian Poyau est directeur de Croissance Plus, une association professionnelle d’entrepreneurs – aujourd’hui, il est encore membre de son comité fondateur. Une expérience qui lui a permis de développer de nombreux contacts dans les mondes de l’économie et de la politique. Il milite pour que les chefs de petites d’entreprises soient plus visibles, s’expriment davantage. Il souhaite également que les PME cotées soient transférées d’Euronext vers Alternext, afin qu’elles ne se retrouvent pas à côté de géants tels que Total.
Avec de telles batailles à mener, il est probable que Christian Poyau restera encore entrepreneur pendant de longues années, que ce soit avec Micropole-Univers ou avec une nouvelle société. Pour l’instant, c’est le développement de Micropole-Univers, société de conseil et d’ingénierie informatiques pour les entreprises, qui l’intéresse." Après la création de l’entreprise, nous nous sommes développés avec nos petits bras, pendant dix ans, en autofinancement. Jusqu’à ce que nous nous posions de vraies questions sur l’avenir : fallait-il vendre ou mettre l’accent sur notre développement ?"
Les deux associés choisissent d’accélérer. A 40 ans, Christian Poyau avait envie de pousser l’aventure plus loin. "Dans notre secteur, il est plus facile de grandir grâce à des rachats d’entreprises. Pour cela, il nous fallait des fonds ; alors, nous sommes entrés en Bourse en 2000." Un pari risqué – le krach a déjà pointé son nez. Pourtant, Micropole parvient à lever 15 millions d’euros.
La machine s’emballe, l’entreprise croît et passe de 150 à 600 personnes en trois ans, pour atteindre aujourd’hui 1 050 employés. Avec l’acquisition d’Univers, le nom de la société se transforme en Micropole-Univers. Aujourd’hui, malgré la crise, Christian Poyau reste confiant. "C’est la troisième crise que nous traversons, puisque nous avons déjà affronté celle de 1993-1994, conséquence de la guerre du Golfe, puis celle d’Internet en 2001. L’important, c’est de rester réactif, de toujours innover. Et puis, maintenant, nous sommes sans doute davantage rodés à la gestion en temps de crise."
D’ailleurs, gérer son entreprise le motive et l’amuse toujours autant."Désormais, notre objectif est de développer encore plus notre activité à l’international. Je n’ai donc pas du tout envie de vendre la société. En revanche, je sais bien qu’on est loin de l’époque où les entreprises se transmettaient de père en fils. Il est donc plus que probable que je la vende un jour. Ce sera peut-être pour en fonder une autre – c’est souvent le cas dans les parcours d’entrepreneurs."
Première parution le 14/05/09 dans le numéro 33 de MoneyWeek