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Par Christine Colmont, le 19 juin 2009
95% des chambres constamment occupées et un établissement qui ne désemplit pas. Vous pensez à un hôtel de rêve ? Vous n’y êtes pas du tout. Regardez plutôt du côté des maisons de retraite et de soins qui traversent la crise sans encombre. Le secteur de la prise en charge de la dépendance ignore totalement les maux dont souffrent les autres pans de l’économie, même les plus défensifs.
Le secteur de la prise en charge de la dépendance n’est pas soumis aux aléas des taux de change dollar/euro. Il ne connaît aucune délocalisation : honnêtement, céderiez-vous, ne serait-ce qu’un instant, à la tentation d’envoyer votre belle-mère dans un établissement, certes nettement moins onéreux, mais situé en Asie du Sud-Est ?
Et surtout, quel que soit l’état de la conjoncture, la visibilité reste excellente : l’activité dépend étroitement du vieillissement de la population. Elle est en corrélation étroite avec l’augmentation du nombre des personnes très âgées.
Or, selon les projections de l’Insee, la part des Français de plus de 85 ans va considérablement augmenter d’ici 2015 (+66% par rapport à 2008). En moyenne, 20% de ces personnes, généralement très dépendantes et souvent désorientées, doivent être prises en charge par des institutions. Face à ces besoins croissants, l’offre se révèle insuffisante. D’autant que, jusqu’à présent, les pouvoirs publics accordaient au compte-gouttes les autorisations nécessaires pour augmenter les capacités d’accueil.
Cette année, un effort supplémentaire va cependant être fourni, portant à 12 500 le nombre d’ouverture de lits, contre 7 500 l’an passé. La manne profitera essentiellement aux grands groupes privés comme les coleaders Orpéa et Korian. L’enjeu pour les acteurs du secteur consiste à obtenir de nouvelles autorisations de lits, en présentant des dossiers de demandes bétonnés, ce qui leur permet de damer le pion à leurs concurrents et leur donne une assurance sur leur croissance interne à venir. Les nouveaux acteurs ont de plus en plus de mal à percer dans cet univers très réglementé. Autant dire que l’activité des groupes déjà établis connaît une croissance pérenne. D’où le statut, aussi bien "défensif " que "de croissance" des valeurs du secteur, un double atout non négligeable dans le marché boursier actuel.
En outre, les acteurs du secteur privé restent encore peu nombreux. Cet éparpillement offre des opportunités aux groupes de grande taille comme Orpéa, Korian ou plus petits comme Le Noble Age. Ils n’hésitent pas à acheter des établissements rentables et à les intégrer rapidement ou encore à reprendre des établissements en difficulté, les restructurer et les remettre aux normes. Autre façon de se développer : se lancer à l’international, dans des marchés proches de l’Hexagone. "Les pays à forte réglementation, impliquent, certes, un développement plus long, lié à l’obtention d’autorisation, mais, en contrepartie, les taux d’occupation se situent à des niveaux élevés. Notre activité à l’international connaît un taux de croissance évidemment plus fort en raison d’une implantation plus récente.
Notre objectif consiste à atteindre une capacité d’environ 3 000 lits par pays dans les deux à trois ans, afin d’y disposer d’une masse critique suffisante", rappelle Jean-Claude Marian. Tous les groupes du secteur connaissent donc une croissance soutenue, à faire pâlir d’envie plus d’une entreprise cotée. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires d’exploitation du Noble Age s’est ainsi envolé de 30%. Quant à Orpéa et Korian, ils ont vu leurs facturations trimestrielles progresser de respectivement 20,3 et 9,1%. Et ce n’est pas terminé. Cette expansion soutenue devrait perdurer.
Corollaire de la forte croissance externe : l’endettement est parfois élevé, même s’il se stabilise au fur et à mesure que les nouveaux établissements arrivent à maturité. En outre, une grande partie de ces dettes sont constituées d’immobilier. Ces entreprises qui aiment à s’appeler "groupes de prise en charge de la dépendance", plus chic que maisons de retraite ne sont pas trop chères. Même si, corollaire de leur visibilité, elles sont mieux valorisées que la moyenne du marché.
Première parution le 21/05/09 dans le numéro 34 de MoneyWeek