Vie quotidienne

Malgré la baisse de l’art contemporain, le marché résiste

Par La Rédaction de MoneyWeek, le 5 mai 2009

Pendant la majeure partie de l’année 2008, le marché de l’art a ignoré la crise économique. Les nouveaux riches se ruaient encore dans les salles des ventes et l’oligarque russe Roman Abramovich achetait jusqu’à 86 millions de dollars un triptyque de Francis Bacon.

Le point d’orgue de cet emballement fut atteint, en septembre dernier, lors de la vente aux enchères de plus de deux cents oeuvres du Britannique Damien Hirst, pour une somme record de 111 millions de livres sterling.

Mais la conjoncture difficile a rattrapé le marché en fin d’année ; dès octobre, la peinture contemporaine chinoise s’effondre à Hongkong. Les autres domaines artistiques sont à leur tour emportés fin 2008 ; les prix dévissent en vente publique ; la situation est particulièrement tendue en art moderne et surtout contemporain ; le taux d’invendus, dans cette spécialité, explose et dépasse même parfois, en valeur, 50% des ventes aux enchères.

Les prix de la qualité musée toujours hauts
Les premiers mois de l’année 2009 étaient donc scrutés avec une attention particulière par les professionnels ; le marché de l’art allait-il connaître un effondrement total ou, au contraire, une reprise rapide ?

Les grandes ventes publiques de tableaux anciens à New York fin janvier apportèrent déjà une note encourageante, avec des enchères élevées. La peinture ancienne présentant un caractère peu spéculatif, les grandes ventes de tableaux modernes de Londres, début février, sont considérées comme un baromètre fiable de la tendance. Là encore, les résultats furent largement positifs, avec 32 millions de livres sterling pour Sotheby’s et 63 millions de livres sterling pour Christie’s. Les prétentions des vendeurs ont été toutefois sensiblement rabotées et les lots partent bien souvent dans la fourchette basse de l’estimation.

Il faudra attendre, fin février, la vente Bergé-Saint Laurent pour voir véritablement les enchères flamber, pulvérisant des prix record dans les différents domaines de la collection ; avec, au final, un produit total de 373 millions d’euros, en regard d’une estimation globale oscillant entre 200 et 300 millions d’euros. L’incontestable réussite de cette vente très médiatisée a dopé le moral du marché. Dans la foulée, courant mars, la foire internationale de Maastricht a connu un important succès commercial.

L’art contemporain en chute de 20%
Mais les prix de Maastricht, comme ceux de la vente de la collection Bergé-Saint Laurent, reflètent mal le marché. Les objets présentés étaient des pièces d’exception, dont les prix, en raison de leur rareté, ne baissent guère. En parallèle, de nombreux domaines enregistrent un fort tassement des prix.

L’art contemporain est en première ligne des victimes. Selon Libération, les ventes d’art contemporain à Londres, au mois de février, ont à peine réalisé 15% du montant de l’an dernier. Les cotes, en ce domaine, se sont couramment effondrées de 50% depuis les sommets de 2008 ; et la déroute est particulièrement sévère pour la nouvelle peinture chinoise ou indienne. Aucune lueur d’espoir n’a surgi de la foire d’art contemporain de Dubai, qui, courant mars, s’est soldée par un échec.

La peinture moderne est moins affectée. Des records ont été enregistrés, notamment pour Matisse, lors de la vente Bergé-Saint Laurent ; mais le lot phare de la vente, un Picasso cubiste, est resté invendu. Les prix ont néanmoins globalement été révisés à la baisse d’un bon quart depuis le début de la crise.

Moins d’acheteurs et des enchères limitées
Mais, dans les autres compartiments du marché, la chute a été enrayée ; les secteurs les plus classiques (mobilier, dessins anciens, céramiques, etc.) résistent ; les enchères toutefois ne s’emballent guère ; les lots peinent à décoller d’estimations souvent modestes et le pourcentage d’invendus reste élevé.

La gamme moyenne, anémique fin 2008, a quelque peu retrouvé des couleurs ; la crise touche le budget des particuliers et l’assèchement du crédit menace les professionnels. En Belgique, marché pourtant très actif, le quotidien Le Soir note ainsi que, sur les deux premiers mois de l’année, moins de dix objets ont atteint ou dépassé aux enchères 15 000 euros.

Les nouveaux riches désertent les salles des ventes et les musées américains, crise boursière oblige, voient leur budget d’acquisition amputé de 30%.

Quelques secteurs parviennent toutefois à tirer leur épingle du jeu ; la récente vente de Fontainebleau a confirmé la bonne tenue des souvenirs napoléoniens, pourtant surcotés ; en mars, à Drouot, la dispersion de la succession Bourgogne a mis en évidence le retour en grâce de l’Art nouveau.

Le marché de l’art a tenu le choc au premier trimestre et évité la catastrophe redoutée. L’aspect valeur refuge a limité l’ampleur de la crise. En cas de déflation avérée, il faudrait néanmoins s’attendre à une nouvelle et forte correction.

Par Louis Balange

Première parution le 16/04/2009 dans le numéro 29 de MoneyWeek

Partager l'article
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Netvibes
  • StumbleUpon
  • Twitter
  • viadeo FR
  • Wikio FR

Les commentaires sont fermés pour cet article.

La suite de l'actualité