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Résistantes mais pas invulnérables. Les banques italiennes, qui pâtissent du marasme économique dans lequel sombre la Péninsule, malgré les incantations optimistes de Silvio Berlusconi, sont menacées par la débandade des pays d’Europe de l’Est. Rome met donc au pot.
L’Italie s’est enfoncée dans sa quatrième récession depuis 2001. Le PIB pourrait dévisser de 2,6 à 4,2% cette année, après -1% en 2008. "L’industrie italienne a enregistré sa plus mauvaise performance depuis vingt-cinq ans", commente le Crédit agricole. Ses exportations s’effondrent. Le chômage a augmenté à 6,7% fin 2008. Les comptes publics, déjà mal en point, sont sous tension, laissant peu de marge de manoeuvre.
En novembre, Rome a annoncé toutefois un plan de 80 milliards d’euros. Passé relativement inaperçu, il est pourtant mieux doté que ses homologues européens. Parmi les mesures sociales et économiques : l’incitation à l’achat d’automobiles et d’équipements pour la maison, l’amélioration du système d’indemnisation des chômeurs.
Danger à l’Est
L’Italie tend aujourd’hui la main à son système bancaire. Certes, ses pratiques conservatrices l’ont relativement bien protégé, mais il n’est pas immunisé contre le ralentissement économique et, surtout, contre les dangers d’une débâcle de l’Europe de l’Est, où les banques italiennes sont très présentes. UniCredit, deuxième banque du pays, est ainsi le plus gros prêteur dans cette région.
Rome a annoncé un plan de recapitalisation bancaire via les Tremonti bonds, du nom du ministre de l’Economie. "Le grand argentier du gouvernement Berlusconi, qui promettait l’an dernier d’envoyer les banquiers en difficulté “à la maison ou en prison”, signe aujourd’hui des chèques à tour de bras", ironisent Les Echos. Naguère maître à penser de la droite libérale, Giulio Tremonti conteste aujourd’hui le marché. Comme ce dernier ne permet plus aux banques de se refinancer, c’est le Trésor qui s’y attelle.
Le joker de Tremonti bonds
Le principe : les banques cotées émettent des obligations auxquelles l’Etat souscrit. Ces obligations offrent un coupon dont le taux est initialement compris entre 7,5 et 8,5% annuels et augmente progressivement, pendant cinq ans au mieux. L’objectif : renforcer leur niveau de fonds propres, selon le fameux ratio core tier one (fonds propres durs).
Ces ratios étaient tombés à un niveau historiquement bas, sachant que le minimum exigé est de 8%. Avec le plan, il passe de 5,68 à 6,55% à Banco Popolare et de 5,87 à 7,23% à UniCredit, explique Gwenaëlle Flandrin-Le Maire, économiste au Crédit agricole.
Les banques de la Botte ont pour le moment "sollicité près de 10 milliards d’euros de titres hybrides", écrivait L’Agefi fin mars. Elles ont presque entièrement consommé l’enveloppe de 10 à 12 milliards d’euros prévue, somme cette fois-ci nettement inférieure aux plans de ses voisins européens.
En contrepartie, les banques s’engagent à ouvrir le robinet du crédit pour les particuliers et les PME. "Le crédit, activé grâce aux obligations du Trésor, sera au moins de 100 milliards d’euros", assure Giulio Tremonti. Mais encore faudrait-il que les Italiens consomment.
Les banques se voient même affublées d’un rôle social : elles devront "suspendre les échéances d’un emprunt pendant au moins douze mois pour les salariés se retrouvant au chômage, anticiper le versement des indemnités en cas de chômage technique", explique L’Agefi. Actionnaires et directions des banques ne sont pas logés à la même enseigne. Le décret exige que la politique de dividende favorise la capitalisation de la banque – ce qui sous-entend un taux de distribution moins élevé. Dans trois ans, les banques pourront convertir les obligations en actions ordinaires.
Le décret s’accompagne d’un code éthique, qui fixe des limites à la rémunération du management. Doivent donc être mis en place des comités de rémunération, qui s’appuieront sur "des critères d’éthique et de transparence". Le gouvernement semble avoir prescrit à temps des remèdes qui devraient permettre de limiter la casse, mais, pour autant, ils ne feront pas de miracles. Ne dit-on pas à Rome : Chi va piano, va sano ?
Première parution le 23/04/2009 dans le numéro 30 de MoneyWeek