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Par Frédéric Laurent, le 1 avril 2009
La Formule 1 est l’un des sports les plus prisés au monde. C’est la meilleure audience annuelle et la troisième si l’on prend en compte les Jeux olympiques et la Coupe du monde de football, qui ont lieu tous les quatre ans. La course automobile est un show mondial qui, chaque année, propose dix-sept Grands Prix, disputés dans dix-sept pays différents.
La Formule 1 frappe par son côté people et bling-bling, qui attire toutes les stars de la planète. Un univers où l’argent coule à flots. Enfin coulait à flots jusqu’à la crise que nous connaissons. Depuis maintenant quinze ans, les artisans de la course automobile ont petit à petit laissé leur place aux grands constructeurs automobiles, qui se servent de la formidable vitrine technologique pour promouvoir leur image de marque. Ainsi, sont arrivés les uns après les autres Renault, Honda, BMW, Mercedes, Toyota, Ford.
Seuls quelques passionnés indépendants subsistent, mais avec, à chaque fois, des difficultés accrues. Ferrari, présent au cours des soixante dernières années, a su créer son image de sportive de luxe avec un nombre de fans incalculables dans tous les pays du monde. Avec quinze titres de champion du monde des pilotes et seize en tant que constructeur, la marque détient la palme de l’écurie la plus titrée.
Chaque grande équipe bénéficie d’une structure de réception, le motor-home, installée dans le paddock de chaque Grand Prix, qui coûte plusieurs millions de dollars. Pas d’espoir à moins de 300 millions d’euros de budget. McLaren Mercedes a joué la démesure. Car, dans ce milieu particulier, "si tu ne montres pas ta richesse, tu es taxé de pauvre". Pour transporter ce motor-home super-équipé et high-tech, il ne faut pas moins de douze camions et ensuite le travail commence : quarante-huit heures pour le monter, autant pour le démonter.
Des équipes de plusieurs centaines de salariés, des stars du volant gagnant des millions d’euros par an… Les écuries ont énormément investi dans des souffleries, valant des millions de dollars, et des milliers de dollars étaient investis pour refaire un "flap", petit aileron ou appendice, qui pouvait faire gagner quelques centièmes de seconde.
Le microcosme ostentatoire de la F1 contraint de se serrer la ceinture
La réduction des coûts est impérative, d’où la moindre importance de l’aérodynamisme et moins d’essais. Les équipes revoient leur train de vie à la baisse, les commanditaires ou sponsors réfléchissent à la poursuite de leurs engagements et les constructeurs sont pris à la gorge.
Honda a été le premier à renoncer, fin décembre, ce qui a jeté un sérieux coup de froid dans le milieu. Néanmoins, l’équipe en elle-même a de bonnes chances de poursuivre sa saison.
Et il faut trouver des remplaçants pour les multinationales occidentales, qui risquent de se lasser ou estiment que les millions injectés finissent par revenir cher. Dernièrement, ING a déclaré vouloir se retirer à la fin 2009 et ne pas reconduire l’option de renouvellement de contrat qu’elle avait avec Renault. Ce sont 65 M€ qu’il va falloir trouver ailleurs.
Flavio Briatore, team manager de l’écurie française espère que sa petite perle espagnole, Fernando Alonso, sera en mesure de décrocher un nouveau titre mondial. Sans quoi, entre la perte de son sponsor principal et la crise, Carlos Ghosn, président de Renault, pourrait se lasser de continuer à financer. Il accepte de le faire à la seule condition que l’opération soit rentable.
Si certains jettent l’éponge, d’autres relèvent le gant. Ainsi, parmi les repreneurs potentiels de Honda, on cite le nom de Richard Branson, le patron de Virgin, mais aussi d’un oligarque russe. Ces dernières années ont vu l’arrivée de Dietrich Mateschitz, le fondateur et propriétaire de Red Bull, qui fait courir deux écuries, mais aussi de Vijay Mallya, grosse fortune indienne et propriétaire de Force India. Les richissimes chefs d’entreprise des pays émergents pointent également leur nez.
Frederic Laurent est le rédacteur en chef de la lettre mensuelle Vos Finances – La Lettre du Patrimoine
Première parution le 12/03/2009 dans le numéro 24 de MoneyWeek