Economies

Ingrid Labuzan

Argentine : le cycle des catastrophes

Par Ingrid Labuzan, le 3 mars 2009

Le gouvernement argentin triche pour dissimuler l’ampleur de la crise. Manipulations de chiffres, fraude déguisée, colère de la population et déchaînement des éléments naturels  :  l’année 2009 commence sous de bien mauvais auspices pour l’Argentine. Elle n’a obtenu qu’un court répit entre 2003, après avoir fait défaut pour le paiement de sa dette, et la crise actuelle, qui la place en queue des économies du sous-continent américain. Adieu la croissance à 6,5% de 2008 !

Peu importe, avec les chiffres tout s’arrange. Preuve en est ceux de l’inflation. Selon l’Indec (Institut national des statistiques et du recensement) – dont le personnel a été précautionneusement choisi par le gouvernement –, elle aurait été de 7,2% en 2008, soit plus faible qu’en 2007. Les Argentins, eux, la percevraient plutôt à 36,1%.

 Selon Ecolatina, un think tank fondé par Roberto Lavagna, ancien ministre de l’Économie, elle serait de 23,5%. Pour avoir un aperçu de l’augmentation du coût de la vie, la solution consiste probablement à se fier au site www. inflacionverdadera.com, fondé par de jeunes économistes. Ils y reportent quotidiennement le prix de cent quarante produits de grande consommation. Maintenir les chiffres de l’inflation le plus bas possible n’est pas qu’une question d’image.

 Le gouvernement a beaucoup à y gagner. Il est lourdement endetté ; or, une partie de la dette publique est indexée sur… l’inflation. En un mot, plus cette dernière reste basse, moins le gouvernement rembourse et moins les obligations qu’il a émises ont de valeur. Une sorte de vol détourné. Aujourd’hui, le spectre d’une défaillance du remboursement de la dette, comme ce fut le cas en 2001, plane à nouveau. Méfiants, nombre d’Argentins préfèrent limiter les investissements dans leur pays. Selon Les Échos, ils auraient placé 22 Mds$ (17 Mds€) à l’étranger en 2008.

Un pays exsangue
En ce moment, les liquidités sont une denrée rare aussi bien pour le gouvernement que pour la population. D’une part pour cause de défaut sur certaines obligations, l’Argentine est soumise à des restrictions en matière d’emprunts internationaux, mais aussi, d’autre part, parce que les capitaux étrangers qui avaient afflué dans le pays ces dernières années ont fui depuis la crise.

Après avoir frôlé les 3% du PIB pendant presque quatre ans, les investissements directs étrangers ne représentent plus que 1,8% du PIB, selon Fitch. Il ne resterait donc plus que l’économie intérieure pour soutenir la croissance. Mais, là aussi, l’Argentine se heurte à des difficultés. Sa croissance dépend largement des matières premières agricoles. Le pays a déjà souffert de la chute des cours depuis l’été.

En 2009, c’est une épreuve supplémentaire qu’il doit affronter, avec une sécheresse sans précédent. L’Argentine est le plus grand exportateur mondial de farine et de soja, le deuxième de maïs et le quatrième de blé. Dans certaines provinces agricoles, il n’a plu que 40% de la moyenne annuelle en 2008. Les prévisions de production sont revues à la baisse, tandis que des milliers de têtes de bétail meurent de soif.

 Selon le quotidien national Clarín, " cela faisait très longtemps qu’un phénomène climatique n’avait pas altéré les comptes nationaux. Mais l’agriculture et l’élevage représentent plus de 10% du PIB argentin et ont des ramifications dans tous les secteurs de l’économie. " La colère gronde parmi les agriculteurs, qui demandent la suppression des taxes d’exportation. Une mesure sans doute nécessaire, mais qui pourrait représenter un manque à gagner de 4,4 Mds$ pour l’État.

Le gouvernement argentin, exsangue, aurait sous-payé les détenteurs d’obligations pour un montant représentant 17,3 Mds$ entre 2007 et 2008. Quant à la Bourse, les principales entreprises du pays y font naufrage. Que ce soit en actions ou en obligations, mieux vaut donc se tenir à l’écart de l’Argentine. En revanche, les mauvaises récoltes pourraient faire remonter les cours du soja, du blé et du maïs. Restez aux aguets.

Première parution le 29/01/2009 dans le numéro 18 de MoneyWeek

Partager l'article
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Twitter

Les commentaires sont fermés pour cet article.

La suite de l'actualité