Economies

Chloé Consigny

La Suisse en équilibre bancaire précaire

Par Chloé Consigny, le 12 mars 2009

La crise financière se propage et n’épargne aucun État. Pas même le petit îlot de neutralité suisse, qui vient récemment d’en faire les frais lors des résultats annuels de ses deux principales institutions financières. Au total, c’est 18,5 Mds€ de pertes qui ont été enregistrées par Crédit suisse et par UBS pour l’année 2008.

Après deux années consécutives de pertes, UBS, quatrième capitalisation boursière du pays, se retrouve au bord de la faillite. La Banque centrale suisse n’a pas hésité à venir en aide au groupe en injectant 4 Mds€ et en opérant la reprise des crédits risqués via un fonds dédié. Malgré le mécontentement des contribuables, la Confédération helvétique n’a pas souhaité abandonner UBS. Et pour cause : le volume d’actifs sous gestion de la banque dépasse le PIB du pays.

Les pertes enregistrées par le secteur banque assurance pour l’année 2008 sont colossales au regard de la petitesse du territoire. Le groupe Swiss Re, deuxième groupe de réassurance au monde, a lui aussi affiché un résultat annuel déficitaire (579 M€). À lui seul, le secteur bancaire produit plus de 10% des richesses de la Confédération, soit une part du PIB deux à trois fois supérieure à celle de ses voisins européens.

Les privilèges fiscaux et, notamment, le secret bancaire inscrit dans la loi fédérale, attirent de nombreux investisseurs étrangers. Une telle concentration inquiète certains économistes qui, à l’issue de l’annonce des pertes d’UBS, ont ainsi commenté l’affaire : "La Suisse est un pays trop petit pour une si grande banque." La force de l’économie helvétique est aussi sa faiblesse.

Concentrée sur trois secteurs ultraperformants – banque et assurance, pharmacie et industrie alimentaire – l’économie nationale est très exposée aux retournements de marché. À eux seuls, les quatre premiers groupes de l’indice SMI représentent 70% des capitalisations boursières.

Croissance négative en 2009
L’économie suisse est l’une des plus prospères au monde. En 2008, le taux de chômage atteignait 2,6%, pour une croissance d’environ 2%. Selon les prévisions de la banque privée Pictet, le taux de chômage pourrait atteindre 3,3% en 2009 et la croissance devrait se renverser pour atteindre – 0,5%.

Si ces chiffres sont jugés préoccupants par les autorités fédérales, ils sont largement inférieurs aux prévisions les plus optimistes des pays européens. Forte valeur ajoutée et grande capacité d’exportation sont les deux piliers de l’économie helvétique. Avec 7,5 millions d’habitants, la Suisse est connue dans le monde entier pour ses produits à très forte valeur ajoutée tels que l’horlogerie et la joaillerie.

Les grands groupes pharmaceutiques et agroalimentaires suisses se classent parmi les meilleurs mondiaux. Nestlé, numéro un mondial de l’agroalimentaire, vient d’annoncer un bénéfice de 12,2 Mds€ pour l’année 2008. Le géant pharmaceutique Novartis, deuxième plus grosse capitalisation au SMI, a informé ses actionnaires d’un bénéfice en hausse pour l’année 2008, à 5,6 Mds€.

Pour l’instant, la crise n’a touché que les établissements bancaires helvétiques mais, si les échanges commerciaux avec l’étranger venaient à diminuer, la Suisse pourrait entrer dans une profonde récession. Les exportations y représentent 50% du PIB, soit un des taux les plus importants au monde. Depuis le début de l’année, le gouvernement fédéral multiplie les actions de rapprochement avec l’étranger afin de s’assurer de la poursuite des relations commerciales avec les grandes puissances mondiales.

La Suisse a signé, le 19 février, un accord de libre-échange avec le Japon. En levant le secret bancaire sur les détenteurs de comptes à numéro, les autorités helvétiques tentent de préserver à tout prix de bonnes relations avec les États-Unis, quitte à s’attirer les foudres de sa population et du reste du monde.

Première parution le 26/02/2009 dans le numéro 22 de MoneyWeek

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