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Un géant vacille. UBS, fleuron de la gestion de fortune suisse, était classé début 2007 deuxième banque européenne. En 2008, sa capitalisation a été divisée par quatre. Le coeur de son métier, la gestion de fortune, a vu sa clientèle s’effriter à la vitesse grand V.
2008, l‘année noire
UBS est l’une des banques le plus touchées par la crise du crédit hypothécaire. Fin 2007, Singapour vient à sa rescousse, mais ce n’est pas suffisant.
Dans sa stratégie offensive, UBS s’était ruée sur les produits titrisés sans même avoir pris le temps, apparemment, de lire la notice. Finalement, la note est lourde, portant le total des dépréciations à 42,5 Mds$.
En octobre 2008, la Confédération et la Banque nationale suisse lancent un plan massif de sauvetage en injectant 6 MdsFCH dans le capital de la banque.
Par ailleurs, UBS peut transférer ses actifs toxiques dans une nouvelle entité contrôlée entièrement par la BNS pour un montant total de 60 Mds$. Une bad bank avant l’heure. Elle ramène à 39 Mds$ le montant d’actifs à extraire de son bilan, voulant prouver aux marchés sa capacité à régler seule une partie du problème.
Scandale fiscal aux Etats-Unis
A l’automne 2008, UBS doit également affronter un scandale venant des Etats-Unis. L’un des cadres de la banque, Bradley Charles Birkenfeld, a dénoncé 19 000 noms de clients aux autorités américaines qui le poursuivaient pour des délits fiscaux. Le fisc américain s’estime lésé de la bagatelle de 20 Mds$.
Dans le cadre d’un total secret bancaire, dévoiler le fichier de ses clients, cela fait mauvais genre. La réputation de la banque en a irrémédiablement souffert. Les clients ont retiré pour l’équivalent de 226 MdsFCH de dépôts. Cette affaire devrait déboucher sur une très grosse amende à payer au Trésor américain : 618 M€.
Mais, bien pire, elle est en passe de devenir le catalyseur de l’explosion du secret bancaire. Le fisc américain exige la tête de 250 clients, sinon les Etats-Unis retireront sa licence américaine à UBS. D’un côté de la balance les milliers de PME exportatrices, de l’autre 52 000 comptes à numéro d’Américains, pesant 14,8 Mds$.
Entre juillet et septembre 2008, le produit net bancaire (équivalent au chiffre d’affaires) recule de 13%, à 5,6 MdsFCH.
Par ailleurs, le groupe a subi une nouvelle dépréciation d’actifs de 4,4 Mds$, portant le total des amortissements depuis le début de la crise financière, l’été dernier, à 46,9 Mds$.
Et un petit coup de Madoff… à 30 M€ pour commencer
Enfin, UBS se retrouve au coeur de l’affaire Madoff, étant dépositaire de trois fonds luxembourgeois investis auprès du voleur le plus célèbre de la planète. Mi-décembre, la veille seulement avant que l’affaire n’éclate, UBS a transféré la gestion de sa sicav au fonds Access International Advisors, tout en restant son dépositaire. Et le fonds LuxAlpha était gorgé de placements Madoff.
En date du 4 novembre 2008, le français Oddo Asset Management a vendu ses parts dans la sicav luxembourgeoise LuxAlpha, qui, jusqu’à mi-décembre, était gérée par UBS.
Depuis, Oddo réclamait son dû, mais en vain. La justice luxembourgeoise a donc contraint la banque suisse à régler au gestionnaire de fonds 30 M€.
Comment une banque réputée et de cette importance a-t-elle pu devenir le dépositaire de sicav entièrement investies en produits Madoff ? La justice enquête et les ennuis judiciaires ne font que commencer, avec des plaintes de plusieurs centaines de clients. Deminor, le cabinet de défense des actionnaires minoritaires, a déposé la semaine dernière un deuxième référé au Luxembourg visant UBS et Luxalpha. Wan avocats lui emboîte le pas.
Des bonus distribués
La direction a commencé à dégraisser sérieusement le mammouth. Depuis juin 2007, elle a déjà réduit ses effectifs de 9 000 postes et annonce 2 000 nouvelles suppressions d’emplois. Malgré les protestations légitimes de la classe politique, des actionnaires et des clients, la banque suisse, qui vient de publier une perte nette annuelle de 13 Mds€, va malgré tout verser un bonus de 1,8 MdFCH à ses salariés.
Restez à l’écart de tout achat d’actions de cette banque, qui vit des moments difficiles. Le risque est très important et, malgré le revirement de positionnement sur la gestion de fortune, on peut s’interroger sur l’arrêt de la spirale infernale.
Le malheur des gros fait le bonheur des petits
Si UBS connaît de (gros) ennuis, les banques privées font encore recette : en effet, dans la Confédération helvétique, quatorze banques ont droit à la dénomination "banque privée".
En Suisse, le banquier privé engage sa responsabilité sur l’ensemble de son patrimoine commercial et personnel. Sa responsabilité illimitée fait la différence avec le simple private banking, car il demeure évident que les intérêts de ses clients priment et qu’il va s’attacher à limiter ses risques, donc ceux de ses clients.
Comme tout malheur profite à quelqu’un, les concurrents banquiers privés d’UBS se frottent les mains.
Frederic Laurent est le rédacteur en chef de la lettre mensuelle Vos Finances – La Lettre du Patrimoine
Première parution le 26/02/2009 dans le numéro 22 de MoneyWeek