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Par La Rédaction de MoneyWeek, le 30 mars 2009
Par Marc Mayor
L’ampleur de la gabegie boursière actuelle favorise l’émergence d’un nombre incalculable de théories de la conspiration. Parmi celles-ci, on retrouve régulièrement l’idée d’une manipulation à grande échelle du prix de l’or, orchestrée par les diverses Banques centrales et autres Réserves fédérales.
Pour la plupart des acteurs financiers, le prix de référence absolu pour une once d’or fin (pureté égale ou supérieure à 99,5%) dépend du contrat à terme sur l’échange des matières premières de New York. Lorsqu’un contrat de référence met tout le monde d’accord, la liquidité tout comme les volumes sont au rendez-vous : c’est ainsi qu’il s’échange, chaque jour ouvrable, plusieurs centaines de milliers de contrats à terme portant sur l’or, ce qui représente un montant quotidien de plusieurs dizaines de milliards de dollars.
A cela, il faut ajouter les ETF, dont le but est de répliquer la performance du contrat à terme sur le précieux métal. Et, là, il y a pléthore : SPDR Gold Trust, iShares Comex Gold Trust, Central Gold Trust… Au vu d’une telle transparence, qui pourrait encore parler de manipulation ? Quoique… A la suite des récentes faillites d’instituts bancaires prestigieux, de nombreux investisseurs se préoccupent désormais du risque de contrepartie. La banque à laquelle on a confié ses économies peut faire faillite.
Voilà pourquoi la demande pour des lingots d’or livrés physiquement a fortement progressé depuis le début de la crise. Ainsi, quelle que soit la destinée du système bancaire mondial, ceux qui jouent l’extrême prudence s’assurent qu’ils pourront disposer d’une monnaie universelle qui a fait ses preuves depuis des millénaires.
Toute personne ayant tenté de mettre la main sur un lingot vous dira à quel point il est difficile, voire impossible, d’acheter de l’or physique au prix du Comex.
Pourtant, les règles de l’échange sont claires : pour autant que les lingots possèdent chacun un numéro de série ainsi que le sceau d’un raffineur agréé et que la livraison est effectuée auprès d’un dépositaire agréé, le détenteur d’un contrat misant sur la hausse obtiendra bien le métal jaune convoité, si c’est ce qu’il désire.
De l’or sur eBay
Il n’existe donc pas d’autre indice officiel globalement reconnu pour le prix de l’or physique, puisque le contrat des marchés à terme est censé garantir une livraison. Pourtant, des milliers d’onces de métaux précieux s’échangent chaque mois sur eBay. Les prix adjugés en 2008 se sont écartés du cours officiel de plus de 25% pour l’or (et de 90% sur l’argent). Comment expliquer cette différence ?
Avec la crise, bon nombre d’investisseurs ont retiré de fortes sommes investies auprès de hedge funds ayant une approche dite de "valeur relative", une stratégie peu liquide. Cela n’a fait qu’amplifier les pertes des intéressés.
Les investissements confisqués aux fonds illiquides furent confiés à des CTA [Ndlr : Commodity Trading Advisor], actifs sur les marchés hautement liquides des contrats à terme. Opérant à l’aide d’algorithmes, ces spéculateurs n’ont que faire des fondamentaux : ils gagnent leur argent en exploitant la cupidité ou la peur du petit investisseur.
Ce phénomène s’accentuera encore au cours des trois à cinq prochaines années, avec une conséquence : une augmentation de la volatilité, qui affiche pourtant déjà des niveaux record. Le marché s’écartera des prix réels au-delà de ce que l’investisseur fondamental est capable d’imaginer. L’écart mentionné plus haut entre le prix Comex et le prix eBay en est une illustration.
"Pour dîner avec le Diable, il faut une longue cuillère." Le petit épargnant qui spécule sur le prix des métaux précieux sans connaître les positions des principaux acteurs du marché est tout simplement susceptible d’être plumé. Cette situation est d’autant plus regrettable que les données en question sont disponibles gratuitement auprès des autorités boursières et souvent commentées par les spécialistes du marché.
Marc Mayor est expert en investissements qui éliminent le risque de marché. Retrouvez-le sur www.lecoindesinsiders.com
Première parution le 12/03/2009 dans le numéro 24 de MoneyWeek