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Par La Rédaction de MoneyWeek, le 2 février 2009
La secrète vie de Bernard Madoff s’est éclaircie alors qu’il se tenait dans son appartement de l’Upper East Side, en peignoir bleu clair et en pantoufles, face à deux agents du FBI. "Nous sommes ici pour découvrir s’il y a une explication innocente." "Il n’y a pas d’explication innocente", a répliqué Madoff.
Pendant quelques heures, explique le New York Daily News, les investisseurs ont chancelé sous les accusations d’escroquerie émises à l’encontre de l’un des plus grands noms de Wall Street, responsable de près de 50 Mds$ de pertes – "une somme qui vous coupe le souffle d’admiration". "De par sa conception, l’arnaque est classique. De par sa taille, elle est impressionnante", écrit The Independent.
Comme l’a confessé Bernard Madoff, âgé de 70 ans, à ses enfants, qui ont par la suite alerté les autorités, son affaire de gestion financière n’était rien d’autre qu’"un gros mensonge… un schéma de Ponzi géant".
Madoff gérait en direct pour ses clients près de 17 Mds$ mais, à travers des produits dérivés, ce sont près de 50 Mds$ qui étaient en jeu. Pourtant, le négoce complexe que Madoff prétendait mener dans son nid d’aigle du 17e étage du Lipstick Building, en plein coeur de Manhattan, n’était autre qu’une imposture : les retours mirobolants étaient "simplement du cash apporté dans le système par les nouvelles victimes".
Bernard Madoff a su qu’il était "fini" quand les investisseurs – soumis à la pression de devoir rendre des liquidités – ont demandé 7 Mds$ de remboursements. L’argent s’était évaporé depuis bien longtemps.
La liste des victimes de Madoff est si grande et si éclectique qu’il serait sans doute plus simple de demander "qui ne s’est pas fait avoir", ironise Thebigmoney.com. La liste va d’organismes caritatifs à des célébrités (Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg, Mortimer Zuckerman), en passant par quelques-unes des plus grandes banques mondiales et de leurs investisseurs supposés les plus avisés.
Mais, c’est au sein même du cercle de relations de Madoff, dans les clubs de loisirs des gens fortunés, que la trahison se fait le plus durement ressentir. L’ancien directeur du Nasdaq n’était pas juste un pilier de l’establishment de Wall Street, note The New York Times. Il était très respecté par la communauté juive : un homme de coeur "pour qui la philanthropie et la famille… avaient autant de valeur que la finance".
Le voyage de Bernard Madoff depuis les petites rues du Queens – il créa son affaire avec 5 000 $ gagnés en installant des systèmes d’arrosage – "était juste une de ces sortes de mythe que Wall Street aime tant, de ‘selfmade- man’", explique The Independent.
Et il capitalisait autant sur la sécurité de son fonds (surnommé "l’obligation juive") que sur les 10% qu’il servait annuellement. Le fait qu’il refusait souvent les prétendus boursicoteurs n’a fait que renforcer sa renommée : les gens pouvaient passer des années sur la liste d’attente.
Cependant, avec du recul, il y avait des drapeaux rouges en abondance, dit The Halkin Report. "Personne ne semblait savoir ce que Madoff faisait." Par deux fois, les instances de régulation lui ont délivré un certificat en bonne et due forme, malgré des alertes selon lesquelles les auditeurs de son gigantesque fonds, au nombre de trois, travaillaient dans un bureau de onze mètres carrés à "Nowheresville".
Autre signal d’alerte : les réguliers retours sur investissement du fonds. Quand Bernard Madoff décrivait sa méthode comme "une stratégie de conversion de parts", personne ne comprenait rien, mais voyait cela comme un autre signe de son "génie d’investisseur". Désormais, Bernard Madoff a sa place assurée dans l’Histoire. "Il restera l’homme qui a confirmé l’adage de Warren Buffett selon lequel ‘c’est quand la mer se retire qu’on voit ceux qui se baignent nus’."
Par Janie Lewis
Première parution le 12/01/2008 dans le numéro 16 de MoneyWeek