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Le petit rebond technique de début d’année, à la Bourse de Paris, n’a pas duré très longtemps. La rechute des valeurs financières, explique Investir, a plombé les marchés. Les cours des valeurs bancaires se situent pourtant à un niveau historiquement bas. Les établissements français ont certes évité la faillite, mais ils n’ont pu enrayer la déroute de leurs titres.
La palme en ce domaine revient à Natixis : sollicités sur la base d’un prix d’offre publique égal à 19,55 euros en novembre 2006, les actionnaires ont assisté à une véritable descente aux enfers de la valeur qui, ravalée au rang de penny stock, se traîne désormais lamentablement à environ 1 euro*.
Certains rêvent même d’un éventuel retrait de la cote. Plus réaliste, Investir préfère rester à l’écart du titre. Natixis est issu du rapprochement, fin 2006, des activités de banque de financement et d’investissement des groupes Banques populaires et Caisse d’épargne.
L’établissement financier semblait promis à un bel avenir. Mais la nouvelle société a hérité d’actifs risqués, particulièrement exposés à l’évolution des marchés du crédit, et s’est retrouvée piégée dans la tourmente de la crise des subprime à partir de l’été 2007.
Non seulement le groupe exerçait un rôle important dans le marché de la titrisation aux Etats-Unis, mais il possédait, en outre, un rehausseur de crédit, CIFG, qui, depuis, fut rétrocédé à ses deux actionnaires historiques.
Mis en péril, Natixis a dû lever 3,7 milliards d’euros en septembre 2008, somme apportée à plus de 80% par les Banques populaires et la Caisse d’épargne, afin de reconstituer ses fonds propres.
Mais les besoins du groupe ne s’arrêtent pas là. Par l’intermédiaire de ses deux principaux actionnaires, Natixis a déjà bénéficié d’un apport en capital, de la part de l’Etat, de 2 milliards d’euros dans le cadre du premier versement de 10,5 milliards d’euros, intervenu en décembre 2008.
L’hémorragie peine à être jugulée. Après des pertes sur les marchés à l’automne, l’établissement financier est exposé à hauteur de 450 millions d’euros à l’escroquerie du fonds Madoff.
Fin 2008, le groupe prit des mesures : suppression d’effectifs, mise à l’écart des produits complexes et cantonnement de 19 milliards d’euros d’actifs douteux.
La société tente de céder certains de ses joyaux, mais les acquéreurs ne se bousculent pas au portillon. Natixis a ainsi renoncé à vendre ses activités d’assurance, mais tente toujours de trouver un acquéreur pour sa participation de 50% dans sa filiale Caceis.
Pour 2008, l’ardoise serait lourde et Les Echos évoquaient récemment des pertes comprises entre 1,5 et 2 milliards d’euros pour l’ensemble de l’exercice.
Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que Natixis soit intéressé par la nouvelle tranche de prêts proposée par l’Etat. La saignée n’est probablement pas terminée. Le portefeuille d’actifs à risques atteindrait la coquette somme de 70 milliards d’euros.
De nouvelles dépréciations d’actifs semblent probables et, d’ailleurs, d’autres mauvaises surprises ne sont pas à exclure. Toutes les banques sont de surcroît connectées les unes aux autres et la crise financière paraît loin d’être jugulée. Les pertes de Royal Bank of Scotland pourraient atteindre la somme abyssale de 28 milliards de livres.
Comme l’indique Investir, la finance mondiale prend la forme d’un véritable champ de mines. Si un certain nombre de ces dernières ont explosé depuis la crise des subprime, beaucoup d’autres restent malheureusement encore à désamorcer. L’hebdomadaire souligne également que même les banques les plus solides sont désormais emportées par la crise.
Les turbulences bancaires ne sont pas terminées. Le pire reste encore peut-être à venir et, dans ce contexte profondément dégradé, nous ne pouvons que recommander la vente de l’action Natixis, à la visibilité parfaitement nulle.
* MoneyWeek avait déconseillé à ses lecteurs de souscrire à l’augmentation de capital au prix de 2,25 euros (alors que le cours était à 5,84 euros).
Première parution le 29/01/2008 dans le numéro 18 de MoneyWeek