Marchés monétaires

Simone Wapler

La bulle ultime : la bulle monétaire

Par Simone Wapler, le 30 décembre 2008

Récemment, nous avons évoqué la "bulle monétaire", phase ultime de cette crise  à laquelle nous nous attendons ; quelques lecteurs nous ont demandé de préciser notre pensée.

Il n’existe pas de monnaie fiduciaire qui n’ait pas fait faillite. L’Histoire en est jalonnée. Les monnaies fiduciaires naissent avec une maladie génétique mortelle : on peut créer de l’argent avec peu de chose. Du papier, de l’encre et des procédés d’impression suffisent pour créer beaucoup de richesse illusoire.

Depuis trente-sept ans, nous vivons une époque unique où l’expérience est menée à son paroxysme :

- L’ensemble du monde fonctionne avec des monnaies fiduciaires. Auparavant, l’expérience de la monnaie fiduciaire se limitait à un état.

- La monnaie fiduciaire "étalon" est le dollar. Cette décision (et démission) date de l’époque où le dollar, convertible en or, était jugé "as good as gold" (aussi bon que l’or). Les banques centrales ont majoritairement décidé d’avoir des dollars plutôt que de l’or comme réserve après la Seconde Guerre mondiale.

- Depuis la fin des accords de Bretton Woods (1971), la valeur du dollar ne repose que sur la foi dans la richesse des Etats-Unis.

- Aujourd’hui, le pays émetteur de la monnaie fiduciaire étalon, les Etats-Unis, est dans un état d’endettement public et privé (endettement des ménages) devenu difficilement soutenable.

De l’argent qui ne correspond à aucune richesse a été abondamment et complaisamment imprimé à un rythme jamais atteint auparavant. Pour s’en convaincre, il suffit de recouper annuellement la masse monétaire déclarée par les banques centrales et le PIB qui représente la richesse d’un pays. Dès que la masse monétaire augmente plus vite que le PIB, c’est que l’argent est mis en circulation ne repose sur aucune véritable richesse. C’est ce qui s’est passé.

Aujourd’hui, les mêmes sornettes qu’hier
Les banques centrales ne sont pas des organismes indépendants, garantes de la monnaie de leur Etat. Ce sont des établissements financiers qui reçoivent leurs ordres des politiques au pouvoir.

Or, quel est le meilleur moyen de se faire réélire ? D’annoncer au bon peuple, comme Churchill, "de la sueur, du sang et des larmes" ? Ou de lui annoncer "du pain et des jeux", sous forme de subventions, de cadeaux fiscaux achetés à crédit ? Nul besoin d’être Machiavel pour comprendre que la deuxième solution est la plus aisée. Et si le déficit augmente, tant pis. Après moi, le déluge…

Aujourd’hui, en pleine crise financière (pas encore monétaire), des milliers de milliards dollars et d’euros ont été imprimés dans l’urgence : sous forme de prêts, de dettes, d’obligations d’Etat, ou même imprimés à partir de rien… C’est pour cela que nous croyons que la sortie de crise sera inflationniste.

La bulle ultime : la bulle monétaire
Cette marée monétaire supplémentaire ne nous évitera en rien les dégâts causés par des politiques laxistes qui ont conduit les pays riches à vivre au dessus de leurs moyens, que ce soit collectivement (dette publique) ou individuellement (dette privée).

Cette bulle ultime éclatera, comme toutes les bulles. Un nouvel ordre monétaire sera instauré. Une nouvelle monnaie étalon surgira peut-être,  probablement fiduciaire. La vertu monétaire reviendra à la mode. Jusqu’à la formation de la bulle suivante…

Un conseil : gardez votre or, la "relique barbare" selon Keynes. Et pour ceux qui n’en ont pas, songez que même la plus imprévoyante des banques centrales en conserve à hauteur d’au moins 5% de ses réserves…

N’oubliez pas notre mot d’ordre 2009, celui d’Alexandre Soljenitsyne : "ne les croyez pas, ne les craignez pas, ne leur demandez rien".

Qui "les" ? Et bien, les politiques et les financiers.

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