Vie quotidienne

Alexandra Voinchet

La crise pèse sur le moral des petits patrons et sur l’emploi

Par Alexandra Voinchet, le 25 novembre 2008

La crise est devenu l’ennemi public numéro un. Près de huit Français sur dix s’en inquiètent, selon un sondage TNS Sofres publié mi-novembre. 64% redoutent que cette crise financière n’entraîne une récession durable et profonde en France.

"Il faut savoir résister au pessimisme des autres", ironise l’humoriste grinçant Guy Bedos. Plus facile à dire qu’à faire. En ce moment, nous sommes noyés sous les sondages et autres enquêtes en tous genres qui nous rappellent à quel point l’économie va mal. Très mal ! Même la boulangère m’a tenu un monologue déprimant ce matin alors que je venais simplement lui acheter un croissant, en consommatrice fidèle.

Les petites entreprises connaissent aussi la crise
La boulangerie du coin de ma rue a peut-être moins de soucis à se faire que certaines autres petites entreprises. Malgré la baisse du pouvoir d’achat, nous viendrons toujours lui acheter du pain. D’autres TPE sont plus mal loties.

Selon le baromètre Fiducial-Ifop de novembre, 62% des patrons de TPE (très petites entreprises, de moins de 20 salariés) redoutent la désertion de leurs clients. Les entrepreneurs ont vraiment le moral dans les chaussettes, à en croire cette étude. 29% craignent même de devoir déposer le bilan avant la fin de l’année. Et l’accès au crédit, qui pénalise pour le moment 12% d’entre eux, leur semble de plus en plus incertain.

Les petits patrons anticipent une phase de très forte récession (à 79%), craignent une hausse du chômage et des plans sociaux (à 72%) et, pire, une augmentation de la misère (à 52%). Pas de quoi mettre du baume au coeur.

53% des entrepreneurs se disent pessimistes. C’est un "niveau rencontré une seule fois auparavant, en février 2003, quelques jours avant le déclenchement de la guerre en Irak", analyse Fiducial.

Un tel malaise n’est vraiment pas bon signe pour l’économie tricolore. On compte 2,6 millions de TPE en France. Elles pèsent 28% du produit national brut et emploient 4 millions de salariés. Impossible de les laisser tomber. Début octobre, Nicolas Sarkozy avait annoncé le déblocage de 22 milliards d’euros pour les PME. Elles attendent toujours d’en voir la couleur. Les défaillances se multiplient, déplore l’assureur crédit Euler Hermes SFAC.

Les cadres s’inquiètent
Il n’y a pas que les PME qui trinquent. Même les cadres ne sont plus à l’abri. En début d’année, on parlait encore pour les cols blancs de "plein emploi", avec un taux de chômage estimé à 3,8%, soit "deux fois moins que l’ensemble des salariés", selon des chiffres de l’APEC.

Aujourd’hui, La Défense craint d’être logée à la même enseigne que les usines de Renault. "Le secteur financier devrait licencier 200 000 personnes en 2008 aux Etats-Unis et en Europe", prévenait Le Monde il y a un mois.

On ne pourra "pas éviter qu’il y ait des licenciements", renchérit Nicolas Sarkozy. 95% des personnes interrogées par Fiducial estiment que la crise aura des conséquences importantes sur le chômage. Et ils ont bien raison. La barre symbolique des deux millions de chômeurs se rapproche. L’INSEE anticipe même un taux de chômage de 7,4% à la fin de l’année.

Chez les cadres, les scénarios d’embauche ont été revus à la baisse de près de 10%, selon l’enquête de l’APEC sur "Les cadres en Europe 2008-2009". Tout le monde se retrouve dans la même galère. Le Bureau international du travail s’attend à voir le nombre de chômeurs dans le monde augmenter de 20 millions, à 210 millions fin 2009.

Quand la finance veut aider l’emploi, méfiance
Le gouvernement a promis de soutenir l’emploi avec des contrats aidés. Il en promet 60 000 de plus que prévu cette année et 100 000 pour l’an prochain. Nous voilà presque revenus à l’époque de Lionel Jospin.

Une banque fait également cette promesse. Il s’agit du Crédit Mutuel. Il propose un fonds commun de placement dédié à l’emploi en France. L’objectif de CM CIC France Emploi (Isin : FR0007481858) : "participer à la création et à la pérennisation d’emplois, ainsi que conforter et consolider les entreprises solidaires", peut-on lire sur son prospectus. Un exemple parfait de ce que certaines structures, comme Finansol, proclament haut et fort comme étant l’avenir de la finance : l’épargne solidaire.

A première vue, ce fonds a un certain mérite. Sa performance croît de 3,72% depuis le début de l’année. Tout le monde ne peut pas en dire autant !

En creusant à peine plus, on voit très vite l’emballage marketing qui l’entoure. CM CIC France Emploi se veut un fonds monétaire principalement investi sur des produits à taux fixes et a renforcé sa part de liquidités depuis septembre dernier. On voit mal comment, avec des produits à taux fixes, ce fonds peut servir la bonne cause dont il se réclame. Pour grappiller quelques euros, autant le faire avec un Livret A qui vous rapporte 4%, et c’est du sûr.

Entre l’aide à l’emploi via ce FCP et l’aide au logement social apportée par les fonds des Livrets A, on peut s’acheter une bonne conscience. Même si cela rapporte peu.

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