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Alexandra Voinchet

Les leçons de 1929 : Aucune mesure prise contre la crise n’a fonctionné

Par Alexandra Voinchet, le 17 octobre 2008

Entretien avec André Straus
Directeur de recherche au CNRS, responsable du master
Histoire économique, UFR d’économie de l’université Paris I  

Quel est le regard de l’historien sur la crise actuelle ?
André Straus : Aujourd’hui, nous avons l’impression que la contagion de la crise financière à l’économie réelle est lente. Aux Etats-Unis, il a fallu attendre 1932 pour voir l’économie tomber au plus bas. En Europe, le krach est passé quasi inaperçu en 1929. Nous avons donc le temps de voir le pire arriver. Cependant, les faillites se multiplient et le chômage augmente. Les actifs des ménages sont atteints. Il n’y a qu’à voir les baisses dans l’immobilier ou l’automobile. Comme dans les années 1930, nous sommes dans la dépression et nous nous adaptons.

Y a-t-il des leçons à tirer de 1929 pour s’en sortir en 2008 ?
Malheureusement, tous les mécanismes décrits en 1929 sont à l’oeuvre : le canal du crédit se resserre. Les "collatéraux du crédit", comme l’immobilier, perdent de leur valeur. Rappelons-nous qu’aucune mesure globale prise en 1929 n’a fonctionné. Les nombreuses conférences internationales n’ont rien donné. Le monde est sorti de la crise par la montée en puissance de l’état, la course à l’armement et la mise en place de régimes autoritaires. Quelles sont nos solutions ? à court terme, la lisibilité est faible. Maîtriser les flux financiers paraît plus difficile que dans les années 1930. Un plan Paulson à l’échelle européenne, je n’y crois pas vraiment car l’Europe manque de structures politiques réelles.

Quel monde après la crise ? Les rythmes et les structures de l’économie mondiale ont changé. Difficile aujourd’hui d’avoir une capacité de prévision. Toujours est-il que cette crise financière n’est pas la dernière. Mais de là à savoir ce qui se passera demain ?

Est-ce la fin de l’hégémonie américaine ? Sans doute pas. En 1929, les Etats-Unis étaient les premiers créanciers du monde. Aujourd’hui, ils sont un des pays les plus endettés. Ils comptent sur la Chine qui a placé une partie de son épargne aux Etats-Unis et sur leur puissance militaire, nucléaire, pour asseoir la suprématie du dollar. En revanche, je ne suis pas sûr que la zone euro résiste et que l’euro reste notre monnaie commune. La crise actuelle peut-elle accoucher d’une prise de conscience politique qui réussira, en trois semaines, à faire ce qui ne s’est pas fait depuis quinze ans ?

Enfin, peut-on compter sur les pays émergents ? Je serai très prudent vis-à-vis de la Chine et de son système financier, lui aussi contaminé par les subprime. Songez que, sur les 2 000 Mds$ de réserves de fonds chinois, 380 Mds$ sont des subprime. En Inde, la méfiance monte. Autant d’inconnues qui empêchent la lisibilité du monde de demain.

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