Vie quotidienne

Alexandra Voinchet

La protection de l’environnement passe aussi par l’assiette, mais pas par celles en plastique

Par Alexandra Voinchet, le 17 septembre 2008

Par chance, l’hiver approche et les pique-niques sur l’herbe verte d’un pré ou d’un jardin municipal vont faire leur pause hivernale. Mais la "taxe pique-nique", la nouvelle invention de Jean-Louis Borloo, pourrait bien nous rattraper au printemps prochain et alourdir notre panier "déjeuner sur l’herbe".

Assumons ! Comme moi, vous vous êtes sans doute fait, au moins une fois, cette réflexion : lors de nos agapes extérieures mais aussi intérieures — et oui, la vaisselle jetable, ça évite la corvée de la vaisselle –, les gobelets en plastique et les assiettes en carton sont utilisés à tort et à travers. Que celui qui n’a jamais perdu son verre au milieu d’une table jonchée de gobelets blancs se dénonce ? Pour peu que vous soyez nombreux lors de votre fête, ce sont par paquets de 50 ou de 100 que les couverts en plastique vont finir à la poubelle. C’est là que notre conscience écologique nous rattrape.

Jean-Louis Borloo a sans doute déjà vécu cette expérience. Du coup, il a décidé de responsabiliser les Français en touchant à leur porte-monnaie, le meilleur argument qui soit. Le ministre de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement durable voudrait taxer la vaisselle jetable de quelques centimes d’euros supplémentaires. Lors de nos prochains préparatifs de réunion festive, nous paierons donc les paquets de gobelets et de fourchettes en plastique plus cher : 90 centimes d’euros de plus par kilo.

Paris ne le cache pas, cette mesure s’inspire directement de celle qui existe en Belgique, qui a elle-même copié le dispositif du Danemark. En Belgique, cette taxe est cependant plus large : elle vise également les sacs en plastique non biodégradables, les films alimentaires et le papier aluminium à usage domestique. Son montant est tout autre : trois euros par kilo, que le détaillant paie au grossiste lors de la livraison.

Une "mesurette" de plus pour les particuliers
La "taxe pique-nique" tricolore semble, elle, bien plus symbolique et son effet incitatif sera sans doute bien limité. L’effort du gouvernement reste cependant louable. Il vise à développer notre fibre écologique. C’est aussi l’idée qui sous-tend d’autres mesures existantes ou à venir. Vous avez peut-être remarqué l’éco-participation qui figure depuis quelques mois sur les étiquettes des produits électroménagers. Cette taxe peut varier d’un euro pour l’achat d’un aspirateur à 150 euros, à 13 euros pour l’achat d’un réfrigérateur à 500 euros. Mais peu de consommateurs regardent le détail de leur facture et connaissent au final cette éco-participation.

Taxer les produits qui nuisent à l’environnement et encourager les comportements écologiques, c’est tout l’objectif du "bonus écologique" automobile lancé il y a peu. Calqué sur le modèle de l’assurance, le système veut "récompenser, via un bonus, les acquéreurs de voitures neuves émettant le moins de CO2, et pénaliser, via un malus, ceux qui optent pour les modèles les plus polluants, le bonus de uns étant financé par le malus des autres", explique le ministère de l’Ecologie, de l’Energie et du Développement durable. Les sommes en jeu varient de 200 à 5 000 euros pour inciter à l’achat de voitures les plus vertes possible. A l’inverse, le malus écologique implique une majoration du prix d’achat d’une voiture de 200 à 2 600 euros.

Ce modèle du bonus/malus pourrait même être étendu à 19 familles de produits, comme les téléphones portables, les ordinateurs, la peinture, les lessives et les pneumatiques. Mais rien n’est encore officiel.

Ces différentes mesures émanent directement du Grenelle de l’Environnement, dont on avait tant parlé lors de sa convocation. Le Grenelle a eu et a encore ses détracteurs, pour qui les réalisations concrètes ont tardé ou ne sont pas adaptées. Même la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a émis son bémol : "on ne peut pas non plus donner du bonus à l’infini (…)", a-t-elle déclaré lundi au micro d’Europe 1. Bercy n’oublie pas que les caisses sont vides et que le bonus/malus automobile, censé être neutre sur le plan budgétaire a coûté à l’Etat plusieurs centaines de millions d’euros.

Reste que, si cette addition de "mesurettes" ne réparera pas le trou de la couche d’ozone, on ne peut critiquer la volonté affichée de créer une dynamique écologique et de responsabiliser tout un chacun. Les particuliers sont visés, dans leur comportement de consommateur, les industriels également.

La restauration à emporter, première touchée par la "taxe pique-nique"
On en parle peu mais la "taxe pique-nique" devrait davantage toucher les entreprises que les particuliers. Pensez donc au nombre de gobelets utilisés chaque jour à la machine à café de votre bureau. Le prix de votre expresso sans sucre pourrait bien augmenter si les installateurs de distributeurs de boissons doivent assumer de nouveaux frais et ne veulent pas rogner sur leurs marges.

A la pause déjeuner, votre menu hamburger/frites/boisson gazeuse pourrait lui aussi coûter plus cher. Les fastfoods sont gloutons en vaisselle jetable de toute sorte : du gobelet en carton de votre soda au bol en plastique de votre salade mixte. Pour autant, difficile d’imaginer un fastfood avec un service d’assiettes et de verres comme à la maison.

D’une manière générale, tous les acteurs du secteur de la restauration à emporter, de Mac Donald’s au traiteur chinois du coin de la rue, vont voir leur facture augmenter et répercuteront sans doute cette hausse à la caisse.

Le recyclage de ces déchets plastiques a encore de beaux jours devant lui. Et les entreprises qui travaillent dans le secteur également. Nous vous invitons à nouveau à suivre les analyses de Jean-Claude Périvier qui conseille de miser, à long terme, sur le FCP Performance Environnement de la Financière de Champlain, dont près de 40% du portefeuille sont investis dans le traitement des déchets.

Partager l'article
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • LinkedIn
  • Netvibes
  • StumbleUpon
  • Twitter
  • viadeo FR
  • Wikio FR

Les commentaires sont fermés pour cet article.

La suite de l'actualité