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Simone Wapler

Mettez des ours dans votre portefeuille

Par Simone Wapler, le 8 août 2008

Nous sommes rentrés dans un long marché déprimé, qui ne devrait pas prendre fin avant deux ans. En effet, les rebonds épisodiques des indices boursiers ne doivent pas faire perdre de vue que la tendance de fond reste durablement baissière.

Mais une telle situation n’implique plus nécessairement de sortir des marchés et d’attendre inerte de meilleurs moments.

Dans ces périodes, les investisseurs professionnels adoptent deux attitudes : soit ils restent très liquides, soit ils s’abritent dans des fonds bear. L’expression nous vient des Anglo-Saxons, pour qui le symbole d’un marché baissier ou bearish est un ours (bear) aux griffes et aux dents menaçantes. Au contraire, le symbole d’un marché haussier ou bullish est un fougueux taureau (bull).

Mais revenons-en à nos ours et aux fonds bear. Les fonds commercialisés sous cette appellation se basent sur le principe de la vente à découvert. Cette opération consiste à vendre plus tard, à un prix convenu, un actif qu’on ne possède pas encore.

Supposons que vous soyez épicier. Un client vient vous commander du caviar pour une réception dans une semaine. Vous acceptez de lui vendre pour 1 000 € le kilo. Vous savez que vous pouvez approvisionner maintenant du caviar à 500 € le kilo. Mais vous prévoyez (grâce à votre frère éleveur d’esturgeon qui vous a fait part des problèmes de surproduction de sa profession) que le prix du caviar va baisser dans une semaine. Vous vous gardez donc bien d’acheter le caviar de votre client sur le moment. Au contraire, vous différez votre achat au dernier moment. Et là, bingo ! Votre frère avait raison. Le prix du caviar a baissé à 400 € le kilo. Vous avez donc gagné 100 € de marge. Votre marge est passée de 50 % (500 divisé par 1 000) à 60 % (600 divisé par 1 000), alors que le saumon a baissé de 20 %.

La peau de l’ours se vend à découvert
Transformez maintenant le caviar en un fonds qui réplique un indice donné, et vous comprenez comment les fonds bear affichent des performances positives lorsque les indices qu’ils répliquent plongent dans le rouge. Dans les pays anglo-saxons, les fonds bear existent depuis plusieurs années. Les gérants professionnels s’en servent couramment pour se couvrir. Lorsque les marchés sont baissiers, il est toujours agréable d’avoir une ligne qui monte et qui donc peut être vendue avec profit, tandis que les autres lignes sont vendues à perte.

Les fonds bear se sont maintenant démocratisés et deviennent accessibles aux investisseurs particuliers. Certains établissements proposent maintenant des ETF bear. ETF signifie Exchange Traded Fund ou fonds négocié en continu. Ces fonds allient l’intérêt du bear et la facilité d’une valeur qui peut s’acheter ou se vendre en continu tout au long de la journée de cotation. En effet, les ETF n’ont pas de "valeur liquidative" : leur cours est calculé tout au long de la séance de bourse.

En France, l’ETF bear le plus populaire est celui qui réplique le CAC 40. Il est commercialisé par la Société Générale (ISIN FR0010411876, code B40). Depuis un mois, cet ETF affiche une performance de +12 %, contre -13 % pour le CAC. À six mois, sa performance est de +20 %, contre -22 % pour le CAC. La différence de performance en valeur absolue tient bien sûr aux frais.

La petite famille des "ours"
Pour ratisser plus large, citons l’ETF bear sur l’Euro Stoxx 50, également proposé par la Société Générale (ISIN FR0010424135, code BSX). Ses performances (+21 % à six mois) sont assez similaires à celles de son cousin bear CAC, la destinée du Dow Jones Euro Stoxx 50 n’ayant guère été plus brillante que celle de l’indice français.

Les amateurs de valeurs étrangères s’intéresseront au bear du Nasdaq. L’UltraShort QQQ (symbole QID sur l’Amex) réplique la performance inverse des cent plus grosses valeurs du Nasdaq (+10 % depuis le début de l’année).

Et les amateurs d’exotisme s’intéresseront à un ours asiatique : l’UltraShort FTSE/Xinhua China (symbole FXP sur l’Amex). Celui-ci réplique l’inverse du double de la performance des vingt-cinq plus grosses capitalisations cotées à Hong Kong. Les trois plus grosses positions sont China Mobile (NYSE : CHL), le plus grand opérateur mobile chinois, China Life (NYSE : LFC), le deuxième assureur mondial en termes de capitalisation, et Petrochina (NYSE : PTR), la première capitalisation mondiale.

Lorsque la valeur de ces entreprises baisse, vous gagnez de l’argent. Bien sûr, cet instrument est volatil : les marchés le sont déjà et il multiplie par deux l’amplitude. Ces "ours" doivent impérativement s’acquérir lors d’un rebond des marchés. Il y a des frais de l’ordre de 0,95 %. Mais, avec ces fonds, vous ferez de la baisse des marchés une source de profit.

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